• La forêt des araignées tristes – Colin Heine –C'est à nous de décider de ce qui est juste ou pas, et non à ceux qui nous infligent notre sort. D'ailleurs que font-il de leur côté ? Qu'en pensent-ils ? Ces riches parasites qui se donnent des airs généreux quand ils nous embauchent, comme s'ils se sacrifiaient pour nous, alors que sans nous ils ne seraient rien, alors qu'ils ne cherchent  qu'à nous presser, à nous épuiser dans des ateliers et des usines qu'ils ne pourraient pas faire tourner seuls, qu'ils ne seraient pas faire fonctionner ? Comment voient-ils les choses, ces gens gras, ces gens pourris d'opulence, qui ne portent jamais deux fois la même chemise et ne mangent leur viande qu'accompagner d'un vin valant un mois de salaire d'un des nôtres ? Accepteraient-ils pareil traitement ? Jugeraient -ils normal de devoir trimer douze, quatorze heures par jour, ou davantage, sur des machines crachant et suant une vape brûlante ? De se voir mourir à petit feu, eux et leur famille, pour engraisser un inconnu dont le nom tracé à la plume figure sur un acte de propriété ? A fabriquer des choses qu'ils ne pourront jamais s'offrir ? 

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  • L'Homme des bois - Pierric Bailly -

    Mon père sur la voie verte ce serait comme de confier une caisse à savon à un pilote de rallye, ou bien comme de lâcher un plongeur des bas-fonds dans une pataugeoire, ou encore comme de demander à un astronaute de sauter depuis un... de s'élancer sur une... je me suis mis à m'emmêler les pinceaux, mais je crois qu'ils commençaient à comprendre. Ce que je voulais dire c'est que c'était un endroit qu'il aimait, que c'était une forêt où il se sentait bien, et précisément pour son côté sombre et rude et inhospitalier. Je voulais dire que c'était une forêt qui lui ressemblait, et qu'elle était à son image, de type solitaire,  un peu sauvage. Parce que c'est vraiment cette représentation de lui que je voulais défendre à ce moment-là. Je m'accrochais à cette idée qu'il était mort dans les bois comme un marin meurt en mer. La forêt qui prend l'homme. Mon père cet aventurier.

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  • Celle que vous croyez - Camille Laurens -J’étais comme un lecteur au milieu d’un roman policier, impatiente de savoir ce qui allait se passer. Et puis, tu me connais, je déteste le virtuel, l’angoisse monte vite, ce qui n’arrive pas me fait tellement plus peur que ce qui arrive, j’ai besoin de la chair du monde. Alors j’ai voulu rencontrer Chris en vrai – IRL. Moi, Camille, plus bravache ou plus confiante que Claire, plus tête brûlée que mon double, moins hantée par la jeunesse et la vieillesse, je n’ai pas pu renoncer. Non que je refuse le rêve, au contraire, je passe mon temps à rêver, j’écris mes livres en rêve ; le chaos dans la bulle, l’encre et le papier, la peau et l’os. Je rêve que les choses arrivent. Puis, pour qu’elles arrivent, qu’il s’agisse d’écrire ou d’aimer, quoi qu’il en coûte, le prix qu’il faudra payer je n’y réfléchis jamais, je suis prête à l’action.

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  • L'Humanité en Péril - Fred Vargas -On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
    Franchement on s'est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes.

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  • L'Homme des bois - Pierric Bailly - En reprenant l'avis de décès pour le journal, après les fleurs des champs et des jardins, j'ai ajouté : Sans chiens ni curés. C'est sorti tout seul. J'ai envoyé le texte par mail, il a été publié le lendemain.
    Les semaines suivantes, j'ai reçu plusieurs courriers de prêtres qui s'étaient interdits d'assister aux obsèques. J'apprenais aussi qu'on s'offusquait du fait que les chiens passent avant les curés. Je n'avais pas imaginé une seconde qu'on pourrait le prendre au premier degrés.
    Si un curé ou même un chien avait voulu assister à la cérémonie, je l'aurais accueilli bien volontiers, pensez-vous. Un labrador catholique. Toute l'arche de Noé.

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