• Je suis allé à Calais, j'ai marché longtemps autour des installations du tunnel, et ce que j'ai vu, c'est une zone de guerre. 
    J'ai été contrôlé deux fois, dans ma vie. Les deux fois autour du terminal. La police était polie, c'est une guerre de très basse intensité et j'étais de toute façon dans le bon camp. Mais il y avait là quelque chose de bizarre. Comme ces grandes clôtures blanches, ces murs végétalisés. C'était la guerre mais elle était jolie. C'était la guerre mais on avait fait en sorte que ça ne ressemble pas à la guerre. 
    Jusque dans ces deux appellations, le tunnel et la jungle : l'ordre et le désordre, la civilisation et la sauvagerie.

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  • Eurodance - Aurélien Bellanger - Quand Julien Gosselin m'a contacté pour écrire une pièce sur Calais, j'ai eu cela en tête, tout de suite et, instinctivement, j'ai vérifié son âge : il est né en 1987. Sept ans d'écart. A à peine connu la chute du Mur, était encore adolescent le 11-Septembre : nous n'avions pas la même expérience de la guerre. 
    Le projet c'était décrire sur Calais pour le spectacle de sortie des étudiants du Théâtre national de Strasbourg. Sept ans de moins encore : ils sont tous nés autour de 1993.
    Ils ont à peine connu la guerre en Yougoslavie, ni l'Amérique en tant qu'hyperpuissance.

    Nous n'habitions pas dans le même monde, nous n'avions pas la même paix en partage. 

    Je me souviens, par exemple, assez clairement de l'année 1989, et le concept de fin de l'histoire n'est pas, pour moi, une abstraction de philosophe. C'est quelque chose que j'ai vécu, avec quoi je vis probablement encore, une idée un peu bizarre, et presque obsessionnelle, celle de la paix dans le monde et de la fin de la politique. 

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  • La forêt des araignées tristes – Colin Heine –

    Les gens sont laids. 
    Agathe l'a vite compris et ne l'a jamais oublié.
    Laid le rentier, qui sous des abords généreux troussait sa mère dans sa chambrette quand madame était sortie. Laids ses allusions aux affaires qui marchent mal et au prix exorbitant du personnel, surtout encombré d'une fillette et d'un garçonnet sans père. Laide la bague offerte à son épouse, parce que rien n'est trop beau pour elle, alors que les domestiques travaillent tous les jours de la semaine, avec une soirée de libre accordée avec hauteur. Laid leur sentiment de fierté quand, lorsqu'ils faisaient un peu moins trimer les petites mains de la maisonnée et leur menaient la vie un peu moins dure, lui et sa femme se drapaient de bonne conscience et dormaient du sommeil du juste dans des édredons à housses de soie ourlées de brocart.
    (...)
    Oui, les gens sont laids. Agathe le sait. Elle l'a vu. Elle n'a jamais oublié. Les convenances ne coûtent rien quand l'enjeu est nul ou presque. Mais face au pouvoir, celui de l'argent ou un autre, elles ne font pas le poids. 

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  • Lorsque les violences prirent un caractère moins diffus, leur brutalité l'effraya. Les manifestants ne se contentaient plus de défiler et de crier devant les portes des usines avant de livrer aux forces de l'ordre une bataille perdue d'avance. Ils s'en prirent bientôt à une partie d'eux-mêmes. A ce qui les faisait vivre et mourir au quotidien. Aux machines.
    Ils ne voyaient en elles qu'un instrument de torture qui leur suçait la moelle, ce qu'Angela pouvait en partie comprendre. Certains y ajoutaient l'idée que c'étaient les machines qui, loin de leur apporter la richesse comme l'affirmaient ceux qui les exploitaient, leur volaient leur sueur et leur sang pour grossir les coffres-forts des patrons.
    Cela ne devait, cela ne pouvait pas durer. Et si protester ne suffisait pas, si seuls les coups et les balles de la police répondaient à leur soif d'un peu de bien-être, alors il était vain de demander, de supplier ou de menacer. Il fallait prendre le mal à la racine et détruire ce par quoi on les enchaînait.

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  • Cette ville qui flottait au-dessus d'elle, vide et silencieuse, semblait née à l'instant, attendant qu'on l'habite ; ou peut-être était -elle endormie et attendait-elle qu'on la réveille. Le soleil de cet autre monde éclairait celui-ci, couvrant d'or les mains de Lyra. Il faisait fondre la glace sur la capuche en poil de loup de Roger, dont la peau claire des joues paraissait transparente, et faisait scintiller ses yeux ouverts et aveugles.

    Partager via Gmail

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique