• Celle que vous croyez - Camille Laurens -J’étais comme un lecteur au milieu d’un roman policier, impatiente de savoir ce qui allait se passer. Et puis, tu me connais, je déteste le virtuel, l’angoisse monte vite, ce qui n’arrive pas me fait tellement plus peur que ce qui arrive, j’ai besoin de la chair du monde. Alors j’ai voulu rencontrer Chris en vrai – IRL. Moi, Camille, plus bravache ou plus confiante que Claire, plus tête brûlée que mon double, moins hantée par la jeunesse et la vieillesse, je n’ai pas pu renoncer. Non que je refuse le rêve, au contraire, je passe mon temps à rêver, j’écris mes livres en rêve ; le chaos dans la bulle, l’encre et le papier, la peau et l’os. Je rêve que les choses arrivent. Puis, pour qu’elles arrivent, qu’il s’agisse d’écrire ou d’aimer, quoi qu’il en coûte, le prix qu’il faudra payer je n’y réfléchis jamais, je suis prête à l’action.

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  • L'Humanité en Péril - Fred Vargas -On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
    Franchement on s'est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes.

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  • L'Homme des bois - Pierric Bailly - En reprenant l'avis de décès pour le journal, après les fleurs des champs et des jardins, j'ai ajouté : Sans chiens ni curés. C'est sorti tout seul. J'ai envoyé le texte par mail, il a été publié le lendemain.
    Les semaines suivantes, j'ai reçu plusieurs courriers de prêtres qui s'étaient interdits d'assister aux obsèques. J'apprenais aussi qu'on s'offusquait du fait que les chiens passent avant les curés. Je n'avais pas imaginé une seconde qu'on pourrait le prendre au premier degrés.
    Si un curé ou même un chien avait voulu assister à la cérémonie, je l'aurais accueilli bien volontiers, pensez-vous. Un labrador catholique. Toute l'arche de Noé.

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  • Les petits riens aux petits riens s'additionnent, faisant mourir les mondes, périr les civilisations : on tourne en rond avec l'automobile comme tournent les moines sur le pavé des cloîtres, on pilonne les livres en massacrant les mots derrière le noir et blanc d'un écran de télé qui a cependant l'élégance de se nommer encore Radiotélévision, histoire de faire croire que la parole et reine, lorsqu'elle est déjà condamnée, mise en joue par ces réclames naïves, aux tons pastel, qui deviendront de la pub et régiront le monde. La complainte du progrès, on connaît la chanson ; on n'en écrira pas tous les couplets. Le confort de la laideur a pris la place de l'inconfort du beau. On sacre l'inutile, on glorifie le gadget, qu'importe que Dieu soit mort ou juste à l'agonie : on a des pinces à sucre, des bigoudis chauffants.

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  • Les choryphèles de l'Empereur - Eric Lysoe -A ce nom, Anthelme ne put retenir un sourire. Il se souvenait de l'émotion qu'avait causée chez Génevote l'arrivée de ce curieux personnage, un peu bancal, bourré de tics et par-dessus tout usant d'un langage certes parfois fleuri mais comptant sans doute parmi les moins châtiés qui soient.
    - Foutre bleu, ma petite dame, avait-il dit en soulevant un chapeau crasseux et informe. C'est le gars Abbé qui m'envoie. Je débarque de Frontfroide aussi vite qu'un pet sur le bord d'une soutane et j'ai si grand soif que je dois avoir tous les boyaux du cul à sec.  

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