• Goulag, une histoire - Anne Applebaum - Ce livre est magistral, essentiel, époustouflant, de par sa rigueur, ses sources, sa fluidité d'écriture et son découpage (thème par thème) qui offre une lecture "facile" pour un essai de cette ampleur. 

    Après l'avoir refermé, vous saurez tout (ou presque) des Goulags. Mais vous aurez surtout touché l'essentiel, l'utilité d'un tel travail de recherche : 

    Ce livre n'a pas été écrit "pour qu'on ne voie plus jamais ça", suivant la formule consacrée. Il a été écrit parce que, très certainement, cela se reproduira. Les philosophies totalitaires ont eu, et continueront d'exercer, un attrait profond sur des millions et des millions de gens. La destruction de l'"ennemi objectif", comme dit un jour Hannah Arendt, reste l'objectif fondamental de nombreuses dictatures. Il nous faut savoir pourquoi et chaque histoire, chaque mémoire, chaque document de l'histoire du Goulag est une pièce du puzzle, un élément de l'explication. Sans cela nous nous réveillerons un jour pour nous apercevoir que nous ne savons pas qui nous sommes.

    A l'heure où les extrêmes politiques, qui ne cachent plus leurs idéaux totalitaires, décrochent dans tous les pays, des scores électoraux à faire pâlir d'envie plus d'un parti démocrate, où l'on a oublié les raisons de la Guerre Froide et où l'on est en droit de s'interroger sur la prédominance mondiale de certains pays comme la Russie, la Chine, ou d'autres encore, il est utile, voire même vital, de comprendre le Goulag, comme "marqueur" d'un système.

    Goulag, une histoire - Anne Applebaum - J'ai appris énormément à la lecture de ce livre, car, si on y réfléchit bien, des essais comme celui-ci, il n'y en a pas tant. Beaucoup de sources, documents, témoignages sont encore inaccessibles. Les chercheurs russes autant que les autres, se heurtent à cette volonté d'oubli qu'Anne Applebaum explique très bien : de l'envie légitime de "tourner la page" d'un peuple qui a vécu tant de drames, à la confiscation du débat public par les puissants qui tous de près ou de loin récoltent encore les avantages de ces années de terreur. 

    En dehors du bref "procès", peu concluant, du parti communiste, jamais la Russie ne s'est donnée la possibilité de dire publiquement la vérité, jamais il n'y a eu d'audition au parlement ni d'enquêtes officielles, sous quelque forme que ce soit, sur les meurtres et massacres des camps en URSS.

    Ce manque a des conséquences sur la formation de la société civile russe et le développement de l'Etat de droit.

    En un sens très profond, l'idéologie du Goulag survit aussi en partie dans les attitudes et la vision du monde de la nouvelle élite russe (...) La vieille division stalinienne entre les catégories d'humanité, entre la toute puissante élite et les "ennemis" qui ne valent rien, perdure dans l'arrogant mépris des nouvelles élites russes pour leurs concitoyens. A moins que cette élite ne comprenne sans tarder la valeur et l'importance de tous les citoyens russes, et n'en respecte les droits civils et humains, la Russie est finalement vouée à devenir le Zaïre du Nord, un pays peuplé de paysans appauvris et de politiciens milliardaires qui gardent leurs actifs dans les caves d'une banque suisse et leur jet privé sur des pistes d'envol, toujours prêt à décoller.

    ¤ ¤ ¤
    4ème de couv :

    Les Kontslaguer apparurent en Russie dès 1918, comme instrument de répression politique et bientôt comme réservoir de main-d'oeuvre forcée pour l'industrialisation soviétique. De la Révolution à la Glasnost, 18 millions d'individus en furent les victimes ; 4,5 millions n'en revinrent jamais.
    Soljenitsyne et Chalamov en ont donné un inoubliable témoignage littéraire ; Anne Applebaum, puisant dans une masse à peine explorée d'archives, de témoignages et d'entretiens avec des survivants, propose une étude sociologique de la vie quotidienne des millions de détenus, les zeks. A l'absurdité des arrestations, la cadence infernale des travaux, la terreur, les violences inouïes, les effroyables conditions d'hygiène et la mort omniprésente s'opposent les stratégies de survie, les tentatives d'évasion, l'espoir et la solidarité qui, en dépit de tout, subsistent.
    Les camps devinrent, rapidement une nation à l'intérieur de la nation, presque une civilisation à part entière, avec ses propres lois, sa diversité sociologique, sa littérature, son folklore, son argot, ses coutumes.
    C'est au cœur ténébreux de ce monde clos que nous convie l'auteur.

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  • Entre deux mondes - Olivier Norek -Premier livre lu d’Olivier Norek et sûrement pas le dernier. Entre deux mondes, est plus qu’un polar. C’est un roman à la fois dur, effroyable même, mais tellement empli d’humanisme et d’empathie qu’on en reste scotchée la dernière page tournée. Car il en faut du talent pour évoquer une réalité si douloureuse sans parti pris ni jugement : la jungle de Calais et ce qu’on en a fait. Territoire de non droit, oublié, rasé, péri-centre de tant de conflits et de haine.

    Mais au milieu de tout cela il y a des enfants, des femmes et des hommes qui survivent comme ils peuvent… On se rend compte que la réalité est bien loin de ce qu’on veut bien nous en montrer. Les points de vue des Calaisiens sur ce qu’est devenu leur ville, celui des migrants qui cherchent pour la plupart l’espoir d’une vie meilleure, sans oublier la réalité de la violence et du non-sens de la gestion policière et administrative de la Jungle et de ceux qui y vivent...

    Partout dans le monde, tu trouveras toujours un homme pour profiter de la détresse des autres.

    Dans la Jungle on retrouve tous les travers de l’âme humaine, mais aussi ce qu’elle peut avoir de meilleur. Avec l’idée que pour beaucoup d’entre eux, le choix se résume à la violence : faire subir pour ne pas subir soi-même. Adam, policier syrien qui a fui la dictature de son pays,  essaie d’échapper à cette spirale. Son but est de retrouver sa femme et sa fille. On connaît leur destin dès les premières pages. Et on le regarde se démener en vain. Sur son chemin, il croisera ce môme qu’il va prendre sous son aile. Jusqu’à la cassure…

    4ème de couv : 

    Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l'attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir. Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu'il découvre, en revanche, c'est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n'ose mettre les pieds. Un assassin va profiter de cette situation. Dès le premier crime, Adam décide d'intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il est flic, et que face à l'espoir qui s'amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou. Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu'elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d'ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.

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  • Un sujet sur lequel je n’attendais pas Fred Vargas, mais dans tous les cas, une surprise bienvenue sur un thème qui nous concerne tous ! Les convaincus, les agitateurs, les autruches, les jusqu’au-boutistes et même les contestataires, nous serons tous, tôt ou tard, confrontés à la pénurie d’eau et de matières premières, au dérèglement climatique et à ses catastrophes… et j’en passe. Tout le monde, aujourd’hui, a un avis sur la question. Maintenant, entre ce qu’on entend, ce qu’on veut nous faire croire et la réalité des choses, il y a souvent un fossé. C’est ce fossé que Fred Vargas entreprend de combler avec pédagogie et bienveillance. Il ne sera plus question, après la lecture de ce livre, de dire qu’on ne savait pas, qu’on ne mesurait pas tous les tenants et aboutissants...

    Ce que j’ai apprécié, c’est qu’il est question, bien sûr, de l’état des lieux le plus juste possible et étendu de notre planète (étude approfondie et preuves à l’appui), mais aussi des moyens qui existent déjà pour essayer de sauver ce qui peut l’être encore.

    Qu’attendons-nous ? Que nos dirigeants s’en chargent ? Si nous ne faisons rien, ils ne feront rien. Le peu de pouvoir que nous avons : celui de consommation (donnons notre argent à ceux qui font avancer les choses) et de vote (soyons acteurs de la politique, investissons-nous et créons d’autres formes de penser et de gouverner, si ceux qui existent aujourd’hui ne nous conviennent pas !) Exerçons-celui que nous voulons, mais exerçons-les ! Rien n’est simple, rien n’est gagné, mais au moins nous aurons essayé...

    Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille –, récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).
    S'efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
    Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.

    Pas de résumé ni de listing : lisez-la ! Tout y est !

    4ème de couv : 

    « Mais bon sang, comment vais-je me sortir de cette tâche insensée ? De cette idée de m’entretenir avec vous de l’avenir du monde vivant ? Alors que je sais très bien que vous auriez préféré que je vous livre un roman policier. Il y a dix ans, j’avais publié un très court texte sur l’ écologie.
    Et quand on m’a prévenue qu’il serait lu à l’inauguration de la COP 24, c’est alors que j’ai conçu un projet de la même eau, un peu plus long, sur l’avenir de la Terre, du monde vivant, de l’Humanité. Rien que ça. »

    FRED VARGAS est l’auteur de nombreux romans policiers, qui sont publiés dans vingt-deux pays. Elle est également docteur en archéozoologie et a exercé longtemps comme chercheur au CNRS. Ce livre, qui explore l’avenir de la planète et du monde vivant, souhaite mettre fin à la « désinformation dont nous sommes victimes» et enrayer le processus actuel.

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  • La Fabrique de papier tue-mouches - Andrzej Bart -Andrzej Bart imagine dans la fabrique de papier tue-mouches le jugement posthume de Chaïm Rumkowski. Durant la seconde guerre mondiale, celui-ci s'est vu confier par les allemands la direction du Ghetto de Lodz. Jusqu'au jour où il a fallu décider qui envoyer dans les camps de la mort. Les enfants, les malades ? Les non-productifs ? Aurait-il dû refuser d'assumer cette sélection et laisser faire les bourreaux ou le fait de choisir parmi les siens, pouvait-il permettre de sauver ceux qui méritait de l'être ? Mais qui était-il pour en juger ?!

    "Vous avez bien voulu dire qu'ils ont de toute façon été assassinés, mais un peu plus tard (...). Cet "un peu plus tard", chère madame, c'est quand même de la vie. (...) C'est pourquoi je voudrais savoir si, pour vous, cela fait une différence de vivre un peu plus ou un peu moins longtemps."

    Là est toute la question. Bourreau ou Sauveur, les avis vont s'affronter et les sacrifiés vont les uns après les autres demander des comptes, relater, expliquer ou tout simplement être là...
    Au milieu de tout cela, l'auteur est mandaté, un peu comme un témoin, un porteur de mémoire ou tout simplement un vivant du futur à qui l'on permet d'assister à un procès d'un nouveau genre.

    Cette problématique est intrigante et porteuse de questionnements multiples : qui sommes-nous pour juger ? Nous qui avons l'avantage de savoir comment les événements ont tournés. Si le Ghetto n'avait pas été décimé et si quelques milliers avaient survécu, qu'aurait retenu l'Histoire et l'opinion publique de cet homme ? Quel est l'intérêt de ce procès posthume ? Un procès pour la mémoire ? la recherche de la vérité, de la culpabilité ?
    J'ai aimé tous ces développements, mais parfois l'auteur m'a perdue dans des brumes un peu trop fantasmagoriques à mon goût, où je n'arrivai plus bien à discerner où il voulait en venir. J'errai parfois dans ce récit comme le narrateur avec Dora dans cette ville, où les morts et les vivants ne se croisent...

    ¤ ¤ ¤
    4ème de couv :

    Ghetto de Łódź, 1939. Les autorités nazies placent à la tête du Conseil juif un ancien directeur d’orphelinat. Chaïm Rumkowski. Bientôt, il transforme le ghetto en un véritable complexe industriel, convaincu que la productivité des Juifs assurera leur survie.
    En 1942, les Nazis veulent déporter 20000 enfants. Rumkowski, dans le désir de sauver ce qui peut l’être, prononce son fameux discours Donnez-moi vos enfants.

    Un homme mystérieux demande à un écrivain polonais contemporain d’assister à un étrange procès, celui de Rumkowski, à Łódź.

    Entre réalité et fantasmagorie, entre histoire et fiction, La fabrique de papier tue-mouches pose la question de l’autorité, de la stratégie du moindre mal, et, avant tout, questionne le lecteur sur ses propres convictions. Un roman dérangeant, une interrogation sur la responsabilité historique : le pouvoir, dans des conditions extrêmes, peut-il se transformer en pouvoir absolu ?

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  • Ostwald - Thomas Flahaut -

    Je me répète que la Gargouille est plus ancienne que la cathédrale. Elle est à n'en pas douter ce saint Christophe qui lui donne son nom. Elle est cette statue manquante pour laquelle la niche a été bâtie. La cathédrale et toute la ville se sont construites autour d'elle. Elle était déjà là, au milieu d'une forêt vierge, de bouleaux et de chênes, quand le grès rose était encore sous terre. 

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