• La marche du milieu de Chantal Dupuy. Celle qui relie ou sépare.La marche du milieu - Chantal Dupuy -

    Celle
    Entre les écrits commis
    et le texte à venir.


    J'apprivoise l'étape,
    attentive,
    Du seuil.

    Faire arrêt, avant de franchir chaque palier, comme autant d'étapes dans les poèmes à construire. L'attente est pleine de promesse, de renoncements parfois aussi.

    Il y a
    Dans la mémoire des pas
    Tant de déséquilibre
    Et, dans les projets,
    tant d'errance.

    L'arrêt seul jette une passerelle.

    Les yeux tournés vers ce but ultime, le poète grimpe, marche après marche, chancelant et incertain, conscient de ce qu'il y a de dérisoire et signifiant dans cette démarche, avec en mémoire, les traces à demi effacées des anciens pas posés.

    Dans la pierre irisée
    Les traces demeurent
    Des passages antérieurs,

    Réceptacle creusé
    Comme au front de la table,
    la marche se souvient.

    La marche du milieu - Chantal Dupuy -Obstinément, pierre après pierre, sans garantie aucune : le poète avance avec sa plume, réinventant le chemin à chaque vers, sans savoir si la prochaine marche sera la transition ou malheureusement la fin de tous ses mots. Tel un don qui s'envole, le petit bonheur s'en irait sans nous donner la main...

    La même obstination, la même liberté incertaine, se lit dans les dessins de Michèle Dadolle. Les pinceaux survolent, légers, le papier épais ou s'écrasent et gouttent, encres noire et rouge, solitaire ou mêlée : violence et plénitude de la quête, du mouvement.

    ¤ ¤ ¤

    La marche du milieu - Chantal Dupuy -

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  • Être le greffier du temps,
    Quelconque assesseur que l'on voir rôder
    Lorsque se mélangent l'homme et la lumière. 

    Voilà. Ce sont ces quelques vers en exergue des âmes grises de Philippe Claudel qui m'ont conduite à l'homme de peu de Jean-Claude Tardif.

    Parfois cela tient à pas grand chose, la découverte d'un auteur : un chemin tracé, une résonance entre deux livres, deux écrivains... et puis surtout, cette promesse de bonheur, que l'on devine entre les mots.

    mots-jetés, brindilles entre deux amis
    consolés par leurs gestes. 

    J'ai commencé la lecture, et très vite, je me suis retrouvée aux côtés de l'auteur, l'écoutant me raconter cet homme de peu, me présentant certains de ces compagnons de voyage, d'accueil et de partage :  poètes et amis...  

    Petit à petit, sont remontées doucement :

    des odeurs d'enfance séchée
    que l'on tient au secret
    dans une armoire de chêne. 

    En ce temps où l'enfant écoutait, apprenait autant des silences que des mots, petite main enserrée dans celle calleuse et ample de l'ancien ; en ce temps où

    Un livre prêté...
    Nous l'appelions lucarne
    d'où les mots s'envolaient,
    s'étiraient telles nos grasses matinées de printemps.

    Nous n'osions pas même le refermer
    quand nous faisions l'obscurité. 

    Et puis, il y a les douleurs fantômes de la guerre d'Espagne, si savamment tues qu'elles ne dupent personne : ni les vieux qui peinent à effacer leurs bleus, ni les "enfants-petits" qui savent 

    que les morts du jardin prolongeaient d'autres morts
    sous les paupières d'Antonio. 

    J'ai repris la route plusieurs fois, relisant encore et encore 

    La parole jusqu'à l'écho 

    Libre d'aller, sans boussole ni plan, je me suis sentie plus légère, délestant de mes épaules tout ce que je croyais essentiel et qui tombait sans peine jusqu'à trouver trace de l'homme de peu. Le mien. Ni tout à fait le même, ni tout à fait différent de celui de l'auteur. 

    Il me ressemble
    lorsqu'il se regarde dans les flaques. 

    Ce ne sont pas des souvenirs égrainés au fil des pages que vous trouverez dans ce recueil de Jean-Claude Tardif ; c'est la moelle d'une vie.

    Demain se fera en silence 


    ¤ ¤ ¤

    L'homme de peu - Jean-Claude Tardif -

    4ième de couv :

    Livre des gens simples
    émargé à chaque feuille d'une ride sèche
    - terre avant l'orage.

    Sans autre prétention, nous y forçons la pluie
    attendant le meilleur du jour
    sous la pelisse de nos remords

    avec l'espoir
    d'une ode découverte sous la pierre
    avant de nous perdre,
    mendiants magnifiques,
    dans le requiem du poème.
    - - -
    Jean-Claude Tardif est né en 1963, et vit actuellement en Normandie. Animateur de la revue "à l'index", il a publié une dizaine de livres. Le présent recueil vient clore une trilogie qui réunit "Orcus" (La Bartavelle, 1995) et "De la vie lente" (La Dragonne, 1999) : s'y exprime la voix d'un poète qui garde intacte sa faculté d'émerveillement et de partage.

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  • La belle vitesse - Ariane Dreyfus -La belle vitesse d'Ariane Dreyfus, celle qui fait grandir les enfants, je la lis avec mon cœur de maman. Je ne sais comment des yeux d'enfants la reçoivent : Mon ressenti a pris toute la place.

    Ariane Dreyfus pose ces quelques mots, comme autant d'instants fugaces saisis au vol, telle une photographe fixant en un clic tous les moments si précieux de la vie de ses petits... Le coup de crayon de Valérie Linder leur donnant vie, tels des premiers dessins.

    Les petites graines de nos corps grandissent ; Créateurs de mondes et merveilles, explorateurs débutants et intrépides, sautant d'une pierre à l'autre.

    Nous les portons moins dans nos bras. Mais ils ne sont pas encore redescendus.
    Ils jouent.

    Toujours un peu plus forts. Toujours un peu plus grands. Ils engrangent les trésors de leur vie : l'insouciance, l'amour, la confiance et ce sentiment de liberté quand tout ne tient qu'à faire comme si...

    Découvrir qu'ils s'éloignent de nous ; que nos mains se lâchent et que les cordons se cassent...

    La belle vitesse - Ariane Dreyfus -

    Anne disparaît dans le couloir.
    Je dois penser très fort
    J'ai une petite fille, petite.
    Elle reviendra.

    Sentir dans nos tripes la boule de cet amour fou ; même pour celui qui ne naîtra jamais...

    Il n'y aura pas d'autre enfant
    mais pourtant je l'aime aussi.

    Savoir les laisser s'envoler quand on voudrait les serrer si fort, encore... Plaisir de les voir grandir et déchirement de les savoir partir. Garder en nous tous ces petits mots, ces regards, jalousement, comme autant de petits bijoux précieux et ce foutu vide au creux de nos entrailles qui ne veut pas se refermer, comme une place à garder, une promesse à tenir... 

    "Madame, je vous aime. Voulez-vous être ma maman ?"
    Anne

    Chanter, je n'oserais pas.

    ¤ ¤ ¤

    La belle vitesse - Ariane Dreyfus -

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  • Où qu'on va après ? - Chantal Dupuy-Dunier -Quarante sept pages de bonheur. Je ne sais si c'est vraiment bien de commencer ainsi pour vous parler de la mort ; mais si vous ouvrez Où qu'on va après ? il y a de grandes chances pour que vous pensiez comme moi.

    Chantal Dupuy-Dunier, elle, ne se pose pas la question. Elle fonce. Elle n'a pas tort, vous me direz. La vie c'est court. Et :

     

    La mort,
    c'est simplement : Ça dort.

    Tout ce qui vivait,
    tous ensemble
    les fleurs
    les chats

    les hommes...

    (...)

    Cette sorte de sommeil
    d'où on ne se réveille jamais.

    Ce genre de choses qu'on ne dit jamais aux mômes. C'est trop petit un enfant. Ça peut pas comprendre. Et puis, c'est fragile. Faudrait pas le casse l'abîmer, le fêler... Parce que bien sûr, quand on est grand, la mort, ça passe tout seul. Pour ceux qui restent, bien sûr, ça coule et ça ruisselle sans traces et sans bosses sous la carapace. D'un coup, on comprend tout. C'est sûr ! Où qu'on va après ? - Chantal Dupuy-Dunier -

    Si vous ne croyez pas à cela, il vous reste Où qu'on va après ?

    Pour la rose, la chèvre de Monsieur Seguin, le vieux monsieur du 5ième, le petit gosse d'en face et même Monsieur Seguin : C'est idem.

    Ils meurent tous les hommes.
    Ils se retrouvent un jour tous ensemble.

    Ça me fait tout drôle quand j'y pense :
    rejoindre au creux d'une poignée de terre
    des gens qui auraient jamais voulu
    me serrer la main de mon vivant

    Mais n'allez pas croire qu'avec ça, vous allez traumatiser la petite prunelle de vos yeux. C'est cru, c'est net, c'est dit. Mais c'est aussi plein d'humour et de belles images (superbes illustrations d'Elena Ojog, tout en finesse, couleur sépia) qui n'enlèvent rien à la poésie et au petit brin de philosophie qui pointe le bout de son nez.

    Et la mémoire dans tout ça ?
    La conscience ?
    L'esprit ? L'âme ?

    Et c'est à la fois tellement plus que tout ça, que j'ai l'impression de survoler toute la richesse de ces quarante sept petites pages.
    Alors... vous laissez les découvrir.

    Je vous l'ai déjà dit :
    j'suis poète, moi, pas scientifique.
    Voudriez pas que je sois philosophe en plus !

    Où qu'on va après ? - Chantal Dupuy-Dunier -

    ¤ ¤ ¤

    Où qu'on va après ? - Chantal Dupuy-Dunier -

    4ième de couv :

    Les animaux, les petits, les gros, ils meurent pas toujours des mêmes causes mais ils meurent tous, même le loup, même les puces sur le dos du loup de la chèvre de Monsieur Seguin (et même Alphonse Daudet, l'inventeur de la chèvre, il est mort. Mais j'anticipe... ).

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  • Fruits time

    Offerts avec amour
    en quelques mots ciselés
    traits d'esprit colorés
    et gorgés d'humour

    à croquer sans modération
    à la plume ou à pleine dent
    peu importe les générations
    du moment que tu as gardé
    malice et sourires d'enfant

    ¤ ¤ ¤

    Fruits time - Jean-Claude Tardif -

    4ième de couv :

    Fruits time est une sorte de verger et, comme certains bestiaires, il est extraordinaire. la cerise "passe parfois de l'oreille à la bouche", l'orange fréquente "les beaux quartiers", la fraise on " la porte autour du cou" tandis que la noix rappelle "le cerveau des premiers âges" ou que le raisin sait que "tout est vain". Dans l'odeur des mots, le suc des phrases, la chair ferme des images, le lecteur se laisse doucement aller à une ivresse heureuse qui ouvre une connaissance plus vraie que l'arrière-goût de ces fruits que l'on mord à plaines dents.

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