• Disruption - Stéphane Mallard - Voici un "livre-activateur" de neurones que j'ai découvert dans sa version audiolib, grâce à Babelio et ses opérations Masse critique, qui me permettent régulièrement de découvrir de petites pépites... Lu par l'auteur, je ne saurai vous dire si le mot "pépite" convient à cet essai, mais une chose est sûre, il ne m'a pas laissée indifférente une seule minute ! Avant de rentrer dans le vif du débat, il faut que je vous avoue qu'avant d'en commencer l'écoute, je n'avais aucune idée de la signification exacte de ce mot : disruption. Si ce n'est pas votre cas : Bravo ! Si vous êtes comme moi, voici la définition du dictionnaire : 

    Disruption : Terme didactique désignant une fracture, une rupture. 

    Oui, moi aussi cela m'a laissée coite. Mais après avoir écouté Stéphane Mallard, je peux vous proposer une définition plus parlante : le fait de casser des systèmes (économiques, culturels, politiques...) bien établis depuis des années, en proposant de nouveaux modèles et services innovants qui vont littéralement déboulonner et reléguer ces derniers au passé sans autre forme de procès... 

    Si vous me parlez des chaînes TV publiques ou privées, je vous dis Netflix ! 
    Si vous pensez Taxis, licences et monopole, j'avance Uber, les hôtels, Airbnb... La liste peut être longue, mais vous aurez compris l'idée.

     Cette nouvelle manière de concevoir l'économie, nos vies, nos loisirs, l'apprentissage... s'appuie à plein sur les nouvelles technologies (dont l'intelligence artificielle) mais aussi sur des esprits créatifs libres, non formatés par nos modes de penser, de concevoir, de travailler, de consommer...

    La disruption va tout balayer, nos entreprises comme notre vision de l'humain. Disruptez-vous pour éviter de vous faire disrupter !

    Disruption - Stéphane Mallard - L'intelligence artificielle fait des progrès à pas de géant et n'a déjà plus grand chose à voir avec la technologie comme nous l'entendions ou l'entendons encore ! Là, nous ne parlons plus d'outils, de machines ou d'objets, mais de technologie innovante que l'on contrôle par la pensée et qui, à terme, devanceront même nos pensées, nous permettront d'anticiper nos émotions, nos réactions voire d'accéder à nos désirs avant même que nous en ayons conscience...

    Science fiction, me direz-vous ? Méfiez-vous, cette seule idée, si elle est la votre, vous expose directement à la disruption. Ceux qui tireront leur épingle du jeu, seront ceux qui auront su anticiper, créer, devancer un courant, un besoin, une demande, ... avant même qu'ils émergent... mais pour cela, il faut savoir penser autrement... 

    Je ne développe pas plus, tout et tant sont à découvrir dans ce livre ! 

    Mais je vais vous livrer pèle-mêle quelques réflexions qui me sont venues au fur et à mesure : 

    - son développement sur la fin du salariat est puissant et je pense fort pertinent, idem pour son analyse de notre système éducatif ;

    - si seuls les esprits créatifs et innovants pourront travailler et donc gagner leur vie, que vont devenir tous ceux qui n'ont pas ce profil ? Assistanat ? Revenu universel ?(oui, mais financé par qui ?) ou toute autre option des plus Happy aux plus Gore...

    - seul un pourcentage infime des hommes pourront être acteurs de cette disruption, aboutissant à la création de produits et services de plus en plus novateurs. La question se pose de savoir qui pourra se permettre d'accéder à toute cette technologie ? Stéphane Mallard parle beaucoup d'empathie, de bienveillance, de progrès technologiques allant vers un mieux-être pour l'humanité. Pour lui, le monde sera un nouvel Eden... Mais qui financera tout cela ? Les GAFA ont-elles une âme de Robin des Bois ? Cela se saurait, non ? Le monde de la finance, disrupté ou non, a encore de beaux jours devant lui... Je ne peux imaginer que la course aux profits disparaisse pour laisser place à l'Altruisme. Ou alors, ils cachent bien leur jeu ;

    - le réel dont il parle, me semble encore bien loin ! Et là, je commence sérieusement à me dire que je suis en bonne place sur la liste des potentiels futurs disruptés et qu'il va falloir que je me prenne en main histoire de changer avant qu'il ne soit trop tard... pour moi.

    4ème de couverture :

    Disruption. Mélange de rupture et de révolution, à la fois rapide, brutale et inéluctable. Ce terme qualifie de plus en plus l’époque actuelle, propulsée par les progrès technologiques. Des secteurs entiers, établis solidement depuis des années, disparaissent très rapidement, remplacés par des acteurs plus petits, plus agiles, plus efficaces, moins chers, moins arrogants. Ces acteurs de la disruption, nous les connaissons : ce sont Uber, Airbnb, Netflix, et bien d’autres.
    Tout est disruptable : les entreprises et leurs services, mais aussi nos modèles d’organisation, nos manières de penser, de communiquer, de travailler, nos valeurs et jusqu’à notre propre corps. Face à la puissance de cette vague qui balaie tout sur son passage, il est urgent de comprendre les nouveaux codes exigés par la disruption, et de se disrupter soi-même pour ne pas disparaître.
    Sur un ton libre et enthousiasmant, ce livre donne les clés pour comprendre le monde en train de naître, ne pas le craindre, et s’y engager, pour éviter que d’autres ne le bâtissent à notre place. Une lecture dynamique et incarnée par l’auteur lui-même, un des plus grands spécialistes de la transformation digitale.

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  • Cosmos - Michel Onfray - Y-a-t-il trop de mots, de livres entre le monde et nous ? Nous expérimentons ce qui nous entoure, le cul bien au chaud dans nos salons ou en courant les bibliothèques pour apprendre. Toujours et encore, en apprendre plus. Est-ce qu'il ne faudrait pas au contraire, renverser toutes ces barrières, ces filtres qui nous coupent de ce cosmos qui ouvre cette brève encyclopédie du monde de Michel Onfray ? Ou ne faut-il lire que les livres qui ramènent au monde ? 

    Le livre n'est grand que lorsqu'il apprend à se passer de lui, à lever la tête, à sortir le nez du volume pour regarder le détail du monde qui n'attend que notre souci.

    Ne comptez pas sur moi pour vous dire ce que vous avez à faire. Je pourrais éventuellement lâcher à mi-mots "Lisez Cosmos !" avec ce sourire entendu, un brin crétin parfois, de celle qui se la joue, entre initiée et novice. Je pourrais. Mais je préfère vous confier mes impressions sur cette lecture singulière. 

    Cosmos - Michel Onfray - Michel Onfray nous propose une invitation au sublime résultant de la tension avec le souci et l'attention au spectacle du monde concret et la petitesse de notre conscience aiguisée, sachant qu'elle n'est pas grand-chose, mais qu'elle peut beaucoup.

    Il commence par nous faire ressentir cet écart qui existe maintenant entre ce qu'il appelle le temps virgilien, celui de la nature, des saisons ..., celui de son père. Un temps où l'homme vivait en harmonie avec le monde, au même diapason, sans heurts et précipitations, sans cette idée récurrente que nous avons tous maintenant de gagner ou de perdre du temps, "son" temps...

    Ignorer les cycles de la nature, ne pas connaître les mouvements des saisons et ne vivre que dans le béton et le bitume des villes, l'acier et le verre, n'avoir jamais vu un pré, un champ, un sous-bois, une forêt, un taillis, une vigne, un herbage, une rivière, c'est vivre déjà dans le caveau du ciment qui accueillera un jour un corps qui n'aura rien connu du monde.

    Cette force vive, à laquelle nous tentons de nous arracher ou faisons "comme si" nous n'y étions pas reliée, nous détermine et finit toujours par nous soumettre, que ce soit simplement en sonnant la fin de nos existences. Homme ou Animal, nous y sommes tous soumis. Il n'y a pas de différence de nature entre l'homme et l'animal mais une différence de degré. Ce cosmos, d'où nous sommes issus et dans lequel nous vivons et interagissons, peut être la clef d'une sagesse retrouvée, hors de toutes les interprétations religieuses ; l'occasion d'un discours sur le monde, enfin concret et cohérent avec notre nature profonde...

    Ce que j'ai eu énormément plaisir à lire : 

    - les très belles pages sur son père ; 
    - cette découverte de la culture tzigane ;
    - l'incroyable expérience de Michel Siffre, ce géologue, exilé volontaire sous la terre pendant deux mois ;
    - toutes ses réflexions sur l'animal, comme alter ego, sur le véganisme et le végétarisme ;
    - son analyse du Land Art...

    Sans compter tout ce que j'oublie...

    J'ai eu plus de mal avec son analyse des Haïkus. Un brin longuet à mon goût, mais cela reste très subjectif. 

    En un mot, j'ai vraiment apprécier ce livre, qui nous ouvre à d'autres horizons, tout en nous ramenant constamment à ce que nous sommes. Je compte bien lire Décadence, même s'il me tente un peu moins. 

     ¤ ¤ ¤
    4ème de couv

    Cosmos est le premier volume d'une trilogie intitulée "Brève encyclopédie du monde". Il présente une philosophie de la nature. Il sera suivi de "Décadence", qui traitera de l'histoire, puis de "Sagesse", consacré à la question de l'éthique et du bonheur. "Trop de livres se proposent de faire l'économie du monde tout en prétendant nous le décrire. Cet oubli nihiliste du cosmos me semble plus peser que l'oubli de l'être. Les monothéismes ont voulu célébrer un livre qui prétendait dire la totalité du monde. Pour ce faire ils ont écarté des livres qui disaient le monde autrement qu'eux. Une immense bibliothèque s'est installée entre les hommes et le cosmos, et la nature, et le réel". Tel est le point de départ de ce livre, dans lequel Michel Onfray nous propose de renouer avec une méditation philosophique en prise directe avec le cosmos. Contempler le monde, ressaisir les intuitions fondatrices du temps, de la vie, de la nature, comprendre ses mystères et les leçons qu'elle nous livre. Tel est l'ambition de ce livre très personnel, qui renoue avec l'idéal grec et païen d'une sagesse humaine en harmonie avec le monde.

     

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  • Utopies réalistes  - Rutger Bregman - - Tu y crois à ça ?

    - A quoi ?

    - Bah, à ton bouquin-là ! Tu crois que c'est possible : le revenu universel, l'indice de bien être économique durable, le partage du travail... ?

    - C'est réalisable et cela a été réalisé dans certains pays à titre d'expérimentation ou de façon durable. Les résultats sont sans appel : non seulement la situation personnelle des gens s'en est trouvée grandement améliorée mais cela a été créateur de richesses pour la société entière. Et pour un coût moindre que toutes les politiques sociales existantes.

    - J'ai pas tout lu, mais j'ai parcouru, ça a l'air de se tenir. Mais il reste un problème essentiel dans cette idée humaniste : Si on donne aux pauvres le moyen de subvenir à leurs besoins élémentaires, qui ira faire les boulots pourris auxquels la précarité les contraint ? Tu crois qu'ils iront tous demain ramasser nos poubelles et nos merdes ? Tu crois qu'ils iront pointés à l'usine pour souder, découper, assembler toujours les mêmes choses dans le bruit et des cadences infernales ? Et je ne te parle même pas de ce qui se passe ailleurs, tous ces pays qui fabriquent nos fringues, nos iPhones et tous ces gadgets qu'on nous vend un fric dingue alors qu'on paye des ouvriers-esclaves une misère pour les réaliser dans des conditions sanitaires exécrables.

    - Bien sûr que non ! C'est évident ! Toi comme moi savons bien qu'on échangerait jamais nos jobs pour un de ceux-là. Mais, posons le problème autrement : Demain, personne n'est plus contraint par la nécessité à exercer une activité qu'il n'a pas choisie, un boulot de merde pour parler clairement. Et entre nous, il y a aussi beaucoup de boulots à la con en haut de la pyramide et avec des salaires confortables à la clef. Combien d'ingénieurs ou de cadres sup', qui exploitent ou empoisonnent le monde, partent avec leur pécule pour cultiver du bio en Ardèche et regarder pousser leurs mômes ? Enfin, c'est encore un autre problème... Je reprends là où j'en étais : Demain, on ne trouve plus personne pour faire ces boulots. Que se passera-t-il ?

    1Utopies réalistes  - Rutger Bregman - ) On fera le tri rapidement entre les activités réellement nécessaires et utiles à  notre société et celles qui ne le sont pas.

    2) On sera dans l'obligation de rendre attractives les activités nécessaires à nos besoins fondamentaux. Peut-être tout simplement en faisant enfin coïncider le montant des salaires avec les véritables valeurs ? Nettoyer les rues, ramasser les poubelles, nourrir le monde sainement, éduquer la jeunesse, soigner et assurer la protection et la garantie des libertés de chacun (et non plus seulement des biens), ... la liste est longue. Tous ces métiers devront être rétribués à la hauteur du service rendu à la collectivité. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Si demain, il est plus rémunérateur de recycler les déchets, d'enseigner ou de soigner que de courir après un ballon ou de fermer une entreprise pour augmenter le profit de ses actionnaires, les volontaires se bousculeront au portillon. Et non pas seulement pour le salaire, mais aussi parce que tous ces métiers dépréciés et méprisés aujourd'hui seront porteurs de valeurs et de reconnaissance...

    - ça y est, Liza, tu recommences avec les Bisounours. Tu crois réellement que nos politiques, culs et chemises avec les sbires de la finance, véritables dirigeants et décideurs de ce monde, laisseront faire cela ?

    - Bien sûr que non, ils ne nous laisseront pas faire ! Cela fait des années que nos politiques ont enterré le Bien Commun sans fleur ni couronne et qu'ils nous engluent petit à petit dans un système qui nous contraint à l'acceptation, tu sais le TINA de Thatcher ! There is no alternative ! Ce bouquin, comme tu dis, il nous en donne des alternatives et des pistes pour y arriver. Rutger Bregman nous prouve qu'une autre réalité peut être possible. Il suffit peut-être seulement de la vouloir et de s'organiser pour la faire advenir ?

    Si nous voulons changer le monde, il nous faut être irréalistes, déraisonnables et impossibles. Rappeler-vous : ceux qui appelaient à l'abolition de l'esclavage, au droit de vote des femmes et au mariage pour tous, eux aussi étaient traités de fous. Jusqu'à ce que l'histoire leur donne raison.

    - A qui l'histoire donnera-t-elle raison, Liza ?

    - Commence par lire ce livre et on en reparle juste après...

    ¤ ¤ ¤
    4ième de couv :

    Ouvrir grand les frontières, une semaine de travail de quinze heures, le revenu de base universel... Des idées naïves et dépassées ou bien la force de l'utopie renouvelée ? Résolument anti-décliniste, Utopies réalistes tombe à pic et nous explique comment construire un monde idéal aujourd'hui et ne pas désespérer ! D'une ville canadienne qui a totalement éradiqué la pauvreté à l'histoire d'un revenu de base pour des millions d'Américains sous Richard Nixon, Rutger Bregman nous emmène dans un voyage à travers l'histoire, et, au-delà des divisions traditionnelles gauche-droite, il défend des idées qui s'imposent par la force même de l'exemple et le sérieux de la démarche historique. Tout progrès de la civilisation – des débuts de la démocratie à la fin de l'esclavage – fut d'abord considéré comme un fantasme de doux rêveurs.

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  • C’est un sujet difficile qu’aborde Michel Cymes dans Hippocrate aux enfers : celui de l’expérimentation humaine effectuée par des médecins allemands dans les camps de concentration, durant la seconde guerre mondiale. On aimerait croire que tous ces actes de barbarie furent exécutés par des brutes perverses au QI d’imbéciles violents et sadiques qui se seraient auto-proclamés médecins ou scientifiques ; mais malheureusement, la réalité que nous présente Michel Cymes est bien différente. Il y a très peu de médecins ratés ou d’étudiants recalés dans les rangs de ces bourreaux. Beaucoup sont de brillants scientifiques promus à un bel avenir. Et un avenir, ils en ont eu un pour la plupart. Leurs victimes n’ont pas eu cette chance.

    Nous pourrions penser que les libérateurs ont fait preuve d’une justice exemplaire. Naïve humanité ordinaire que nous sommes croyant encore à ce sacro-saint idéal… Non. Les alliés ont exfiltré ces scientifiques et profité de leurs savoirs et de leur intelligence pour mener à bien la conquête spatiale, pour ne donner qu’un exemple…

    Si l'homme a marché sur la Lune, c'est en prenant son élan depuis le charnier criminel des esclaves de Dora, le camp où est née l'aérospatiale et où sont morts des milliers d'hommes.

    Beaucoup d’horreurs dans ce livre. Je ne veux pas m’appesantir, mais vous laisser les lire. Juste un mot : Michel Cymes les aborde avec beaucoup de pudeur et d’humanité. Il dit, sans atténuer ni masquer, mais sans cette insistance qui peut parfois donner cet effet de voyeurisme ; la réalité des faits est assez dérangeante pour le lecteur, sans qu’il soit nécessaire d’en rajouter.

    Hippocrate aux enfers - Michel Cymes -

    La question qui sous-tend son propos est simple : Comment en sont-ils arrivés là ? Comment ont-ils pu à ce point violer ce serment ultime et fondateur ? Qui, mieux qu’eux, pouvait ne pas ignorer la valeur d’une vie humaine ? Certes, nous savons tous que l’on peut être le plus intelligent des hommes et le plus fieffé des salauds. Cela n’a rien d’incompatible… mais ce qui est en jeu, surtout ici, c’est la manière de considérer l’autre. Si vous retirez à certains hommes (ou femmes) la qualité d’être humains, peu importe pour quelles raisons, qu’est-ce qui vous empêchera d’en arriver là ? En quoi cet individu que vous aurez soustrait de l’humanité vous semblera-t-il différent d’un animal de laboratoire voué à l’expérimentation ? d’un objet dont vous pourrez disposer à votre guise ?

    A l’heure où les droits de l’homme et de la femme stagnent ou reculent dans bon nombre de pays, c’est une question qui fait sens.

    Une autre, tout aussi essentielle, est au cœur du débat : beaucoup réprouvent ces expérimentations humaines, mais vous brandissent avec force l’avancée considérable qu’elles auraient permise à la science. Les bras m’en sont souvent tombés. Comme si de cet enfer, pouvait ressortir quelque chose de positif, d’utile pour l’humanité. Je ne savais quoi argumenter en retour. Tant cela me semblait abject. Merci Monsieur Cymes de pouvoir me donner de quoi affirmer que non ! Toutes ces horreurs n’ont pas eu les résultats escomptées et que le peu de résultats probants auraient pu être obtenus sans toute cette barbarie…

    Quoi qu'il en soit, de l'immense majorité de ces expériences, rien n'est sorti.
    Rien d'autre que la souffrance et la mort.
    Rien d'autre que des cris, des hurlements, des suppliques.
    Ces cris, je les ai imaginés, je les ai presque entendus.
    Ils me hantent encore aujourd'hui.
    Qui peut dire qu'on ne les entendra plus ?

     ¤ ¤ ¤

    Hippocrate aux enfers - Michel Cymes -

    4ième de couv :

    «C'était là.
    C'est là que tant de cobayes humains ont subi les sévices de ceux qui étaient appelés "docteurs", des docteurs que mes deux grands-pères, disparus dans ce sinistre camp, ont peut-être croisés.
    Je suis à Auschwitz-Birkenau.
    Il s'agit d'un voyage de mémoire, un pèlerinage personnel que j'ai maintes fois repoussé.
    Là, devant ce bâtiment, mon cœur de médecin ne comprend pas. Comment peut-on vouloir épouser un métier dont le but ultime est de sauver des vies et donner la mort aussi cruellement ? Ils n'étaient pas tous fous, ces médecins de l'horreur, et pas tous incompétents.
    Et les résultats de ces expériences qui ont été débattus, discutés par des experts lors du procès de Nuremberg ? Ont-ils servi ? Ont-ils été utilisés par les alliés après la guerre ? Que sont devenus les médecins qui ont été "exfiltrés" ?
    Quand la nécessité est devenue trop pressante, quand j'ai entendu trop de voix dire, de plus en plus fort, que ces expériences avaient peut-être permis des avancées scientifiques, j'ai ressorti toute ma documentation et je me suis mis à écrire.» Michel Cymes

    Médecin spécialiste, Michel Cymes exerce dans un hôpital à Paris. Il est présentateur d'émissions médicales sur France Télévision.

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  • La théorie des mèmes : pourquoi nous nous imitons les uns les autres - Susan Blackmore -Quand Darwin a lancé à la face du monde que "l'Homme descendait du singe", Lady Worcester s'exclama : "pourvu que cela ne soit pas vrai ; mais si cela devait l'être, prions pour que le peuple ne le sache pas !" Quand Freud a développé sa théorie de l'inconscient, beaucoup l'ont reçue comme les confessions d'un pervers polymorphe. Alors je ne sais pas quel sort, nous, contemporains, réservons à Susan Blackmore, mais c'est clair qu'elle ne doit pas y couper ! 

    En quelques mots, la théorie des mèmes de Susan Blackmore, ça raconte quoi ? L'évolution de l'Homme expliquée à la lumière des mèmes.

    Avant de lire Sapiens de Yuval Noah Harari (lecture qui m'a conduite à ouvrir ce livre), je n'avais jamais entendu parler de mèmes. D'ailleurs un mème, Qu'est-ce que c'est ? L'Oxford English Dictionary le définit comme un élément de culture dont on peut considérer qu'il se transmet par des moyens non génétiques, en particulier par l'imitation. (terme créé par Richard Dawkins).

    Voilà la solution la plus aboutie de l'énigme de l'évolution humaine : l'imitation qui nous fait apprendre en copiant et améliorant sans cesse ce que nous empruntons aux autres (actions, comportements, idées...).

    Nous sommes donc le produit de réplicateurs, c'est-à-dire :

    - de nos gènes qui viennent de créatures antérieures que nous transmettrons à notre tour si nous nous reproduisons - jusque là pas de problème, c'est acquis pour tout le monde, sauf peut-être pour les créationnistes ; 

    - de nos mèmes, composés de toute cette quantité de réplicateurs qui va des simples bouts d'informations stockées dans nos cerveaux, aux systèmes de pensées et d'idées complexes organisées et structurées, hérités d'autres personnes et que nous transmettrons, à notre tour, en parlant, écrivant et communiquant. Et là, ce n'est pas si facile à accepter !

    Les gènes sont des instructions encodés dans des molécules d'ADN et les mèmes sont des instructions enchâssées dans les cerveaux humains.

    La théorie des mèmes : pourquoi nous nous imitons les uns les autres - Susan Blackmore -

    Et n'allez pas croire que notre petit Moi intérieur à la main mise sur toute cette cuisine interne. Non ! Il est lui-même une construction du monde mémétique, un moiplexe : Tout ce que nous sommes, nos choix, nos actions, nos pensées... est mue par la force et le pouvoir des réplicateurs. De la même manière qu'il y a une compétition entre les gènes pour arriver à la génération suivante, les mêmes se combattent pour être transmis vers un autre cerveau, livre ou objet.

    La culture moderne est le résultat de milliers d'années de sélection mémétique.

    Face au dessein biologique des gènes, il y a le dessein culturel et mental des mèmes. Gènes et mèmes étant les deux réplicateurs en jeu dans l'évolution humaine, agissant en interaction les uns avec les autres.
    Si vous voulez savoir comment l'auteure arrive à cette conclusion, il ne vous reste plus qu'à lire ce livre !
    La théorie des mèmes : pourquoi nous nous imitons les uns les autres - Susan Blackmore -

    Voilà ! Maintenant il va nous falloir "digérer", évaluer et analyser tout cela avec les petits mèmes déjà présents dans nos cerveaux et qui risquent fort de ne pas être d'accord pour laisser leur place à ceux de Susan Blackmore !

    Nous pouvons continuer à vivre comme la plupart des gens, soumis à l'illusion de l'existence d'un Moi conscient persistant à l'intérieur, qui commande, qui est responsables de mes actes, et qui fait que je suis ce que je suis. ou bien nous pouvons vivre tels des êtres humains, corps cerveau et mèmes, vivant nos vies comme une interaction complexe entre réplicateurs et environnement, sachant que c'est tout ce qu'il y a. Nous cesserions ainsi d'être des victimes du moiplexe égoïste. Dans ce sens, nous pouvons véritablement être libres - non pas parce que nous sommes capables de nous rebeller contre la tyrannie des réplicateurs égoïstes, mais parce que nous savons qu'il n'y a personne pour se rebeller.

    Merci à toutes celles et ceux qui m'auront suivie jusqu'ici - pas simple de résumer au mieux l'idée centrale de ces 389 pages, même si le propos de l'auteure est clair, argumenté et bourré d'exemples, le rendant abordable et "digeste". Elle soumet à la question de nombreuses choses, de la disparition de Neandertal aux récits d'enlèvements par des extra-terrestres - oui, je sais, moi aussi, j'ai tiqué, mais c'est une question qui a fait débat au Royaume-Uni (?) -, elle met en perspective des théories nouvelles et éclaire certaines découvertes, tout cela dans un foisonnement d'idées et d'exemples, qui, qu'on en soit convaincu ou non, est un régal pour l'intellect.

    Personnellement c'est la chose la plus folle et sensée que j'ai lu depuis des années (limite, tu te demandes si ce n'est pas de la SF) et mes petits mèmes luttent encore pour survivre face à ce tsunami intellectuel... ou pas.

    Pour les plus téméraires d'entre vous (pensez aux sous-titres si besoin) :

     

    ¤ ¤ ¤

    La théorie des mèmes : pourquoi nous nous imitons les uns les autres - Susan Blackmore -

    4ième de couv :

    Qu'est-ce qui distingue les hommes des animaux ? Le langage ? La raison ? La conscience ? La créativité ? Et s'il ne s'agissait là que de leurres ? Et si la spécificité de l'homme, c'était avant tout son incroyable capacité à imiter ses semblables ? Nous sommes, déclare Susan Blackmore, des machines mimétiques contagieuses. Tandis que les gènes utilisent le corps humain dans leur lutte pour la suprématie des caractères physiques, les mêmes colonisent nos cerveaux pour dominer nos comportements, nos habitudes, nos croyances. Or si l'altruisme, la foi, le langage, l'amour, nous sont commandés de l'extérieur, peut-on encore dire que le Moi existe ? Un livre culte qui embrase le monde scientifique international.

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