• Civilizations - Laurent Binet - Je ne comptais pas rester sur un avis négatif concernant Laurent Binet (pour rappel La septième fonction du langage fut pour moi une grande déception). Alors, en lisant la quatrième de couv de Civilizations, je me suis dis "celui-là, il est pour moi !" Bien et mal m'en a pris... Bien, car je ne peux pas dire que je n'ai pas apprécié ce livre. L'idée est audacieuse et son développement original. Laurent Binet a su rendre le choc des civilisations : ces adorateurs du soleil déboulant à moitié ou totalement nus, en plein tremblement de terre de Lisbonne. Ces regards ébahis, choqués et ces signes de croix incessants à la vision de ces hommes et femmes dont les habitants ne savent s'ils sont envoyés de Dieu ou du Diable...Civilizations - Laurent Binet -

    Tout cela pour s'apercevoir que les civilisations se suivent et se ressemblent, malheureusement, pour le pire et le meilleur...

    Voilà pour l'idée et le contenu. Là où je suis plus mitigée, c'est sur le récit lui-même, je l'aurai souhaité plus vivant du début à la fin. Autant je suis rentrée d'emblée dans l'histoire, narrée comme un conte livré de longues années après : 

    je dis et j'affirme que ce qui est contenu dans ce livre est très véridique. Ce ne sont pas là de vieux contes et des histoires de Mochicas et de Chimus qui remontent à sept cents récoltes : c'est hier, peut-on dire, que se passèrent les événements qu'on peut lire dans cette histoire, avec le comme et le quand et la véritable manière.

    Autant la fin m'a laissée sur le bord du chemin. J'ai eu l'impression qu'il ne savait comment conclure ; je ne voyais pas bien où il voulait m'emmener... 

    Dommage ! Car certains passages sont jouissifs. Sous un air faussement naïf, on sent que Laurent Binet s'amuse...

    Ils étaient obsédés par l'endroit où ils iraient après leur mort, et du meilleur moyen d'être sauvés, c'est-à-dire d'aller au ciel rejoindre leur dieu cloué (qui pourtant devait revenir sur terre à une date indéterminée, si bien que Chalco Chimac pensait qu'ils risquaient de se croiser) et non sous la terre où l'on brûlait les morts indéfiniment, sauf dans un endroit transitoire d'où l'on pouvait sortir au bout d'un certain temps, mais sûrement pas en rachetant son séjour, de son vivant, avec des florins.

    Alors peut-être retourner aux sources et enfin lire HHhH ? Pourquoi pas ! 

    4ème de couv : 

    Vers l’an mille : la fille d’Erik le Rouge met cap au sud.
    1492 : Colomb ne découvre pas l’Amérique.
    1531 : les Incas envahissent l’Europe.

    À quelles conditions ce qui a été aurait-il pu ne pas être ?
    Il a manqué trois choses aux Indiens pour résister aux conquistadors. Donnez-leur le cheval, le fer, les anticorps, et toute l’histoire du monde est à refaire.

    Civilizations est le roman de cette hypothèse : Atahualpa débarque dans l’Europe de Charles Quint. Pour y trouver quoi ?
    L’Inquisition espagnole, la Réforme de Luther, le capitalisme naissant. Le prodige de l’imprimerie, et ses feuilles qui parlent. Des monarchies exténuées par leurs guerres sans fin, sous la menace constante des Turcs. Une mer infestée de pirates. Un continent déchiré par les querelles religieuses et dynastiques.
    Mais surtout, des populations brimées, affamées, au bord du soulèvement, juifs de Tolède, maures de Grenade, paysans allemands : des alliés.

    De Cuzco à Aix-la-Chapelle, et jusqu’à la bataille de Lépante, voici le récit de la mondialisation renversée, telle qu’au fond, il s’en fallut d’un rien pour qu’elle l’emporte, et devienne réalité.

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  • Le temps des orphelins - Laurent Sagalovitsch - Voilà un roman comme il y en a peu. Et pourtant, me répondrez-vous, que de livres ont été écrits sur la Shoah, les camps et la découverte de toute cette horreur par les alliés. Mais, dans le temps des orphelinsLaurent Sagalovitsch, apporte une vision différente. Il nous conte l'histoire de Daniel, ce jeune rabbin américain, qui fit le choix de s'engager pour libérer l'Europe de la barbarie nazie. Sans arme, il arpente les champs de bataille pour réciter les dernières prières aux soldats mourants ou déjà délivrés de leurs souffrances. Le Kaddish défile en boucle, des centaines, des milliers, à ne plus savoir... 

    Des plages de Normandie, à la libération des camps, il relate toute cette horreur à Ethel, sa jeune femme. jusqu'à ce que son chemin croise ce gamin famélique et mutique, égaré parmi tous ces morts en devenir... 

    Cette main, aujourd'hui encore, si je ferme les yeux, je peux la sentir, cette toute petite menotte qui se frottait à la mienne et la suppliait de l'accepter, de s'en saisir et de la réchauffer afin de former une union indestructible, capable de résister à tous les vents contraires. 

    Peut-on continuer à croire après la Shoah ? Que penser du silence des Dieux (de celui des chrétiens, des juifs, et de tous les autres, si tant est qu'il y en ait...) ? Voilà le thème principal de ce livre. Je vous laisse découvrir ce qu'il adviendra de la foi de Daniel...

    En refermant le temps des orphelins, je n'ai pu m'empêcher de penser à Marceline Loridan-Ivens qui dans une interview expliquait qu'elle ne pouvait plus croire en dieu, en sortant des camps. S'affirmer Juive, c'est faire fi de ce silence sans nom de ce Dieu tout puissant et aimant ; Se renier comme Juive, c'est prolonger le dessein d'Hitler en éradiquant, si ce n'est physiquement, la judéité.

    Je ne sais si elle a résolu ce dilemme. Cela lui appartient. Mais c'est vers elle, que mes pensées se sont tournées. 

    4ème de couv : 

    Avril 1945. Daniel, jeune rabbin venu d'Amérique, s'est engagé auprès des troupes alliées pour libérer l'Europe. En Allemagne, il est l'un des premiers à entrer dans les camps d'Ohrdruf et de Buchenwald et à y découvrir l'horreur absolue. Sa descente aux enfers aurait été sans retour s'il n'avait croisé le regard de cet enfant de quatre ou cinq ans, qui attend, dans un silence obstiné, celui qui l'aidera à retrouver ses parents.Quand un homme de foi, confronté au vertige du silence de Dieu, est ramené parmi les vivants par un petit être aux yeux trop grands.

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  • Pour un premier roman, c'est fort réussi. Sébastien Spitzer reste au plus près de la vérité historique, imaginant les sentiments, les haines, mettant en lumière les événements sans délayage ni insistance. 
    Le thème de son livre ne m'attirait pas. S'il n'y avait eu la belle critique de Eve-Yeshe, je ne m'y serais peut être pas intéressée. Je ne regrette pas d'avoir franchi le pas. 
    Il y a beaucoup dans ce livre, par petites touches, dans de courts chapitres, l'auteur dit et nous fait ressentir l'essentiel : l'horreur des camps, cette volonté de tenir et survivre dans cette horreur, l'un pour préserver un rouleau de papiers, témoignages des camps, derniers mots de condamnés, l'autre pour sauver un enfant, le sien...

    Et au milieu de tout cela, il y a Magda Goebbels, retranchée dans le bunker où elle finira sa vie, après avoir empoisonné ses six enfants, sans état d'âme ni douleur... Un personnage de roman qui n'a rien d'attachant, qu'on n'arrive pas à excuser, mais ce n'est pas le but de ce livre... 
    Je me suis plus attachée au personnage du père de Magda, qui vient rythmer le récit, comme en filigrane et à celui d'Ava, symbole de tous les enfants survivants des camps... 
    Sébastien Spitzer s'empare de ces événements historiques et les exploitent, les fait vivre de façon nouvelle. Et c'est ce regard, cette manière d'aborder les choses sans retenue mais avec respect qui fait tout l'intérêt de ce livre. 

    Reste la nuit. Épaisse. Lourde. Vide à tous ceux qui ont peur, à ceux qui désespèrent, se trompent. Cette nuit est aussi pleine que les autres. Féconde. Mystérieuse. Imprévisible. Elle s'est insinuée de l'autre côté des murs. L'heure des souffles de vie. L'heure des silences.

    Un auteur que je vais suivre avec intérêt...

    ¤ ¤ ¤
    4ème de couv

    Sous les bombardements, dans Berlin assiégé, la femme la plus puissante du IIIe Reich se terre avec ses six enfants dans le dernier refuge des dignitaires de l'Allemagne nazie. L'ambitieuse s'est hissée jusqu'aux plus hautes marches du pouvoir sans jamais se retourner sur ceux qu'elle a sacrifiés. Aux dernières heures du funeste régime, Magda s'enfonce dans l'abîme, avec ses secrets.

    Au même moment, des centaines de femmes et d'hommes avancent sur un chemin poussiéreux, s'accrochant à ce qu'il leur reste de vie. Parmi ces survivants de l'enfer des camps, marche une enfant frêle et silencieuse. Ava est la dépositaire d'une tragique mémoire : dans un rouleau de cuir, elle tient cachées les lettres d'un père. Richard Friedländer, raflé parmi les premiers juifs, fut condamné par la folie d'un homme et le silence d'une femme : sa fille.

    Elle aurait pu le sauver.

    Elle s'appelle Magda Goebbels.

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  • Fils du feu - Guy Boley - Je ne sais trop quoi penser de ce livre. J'ai aimé les envolées poétiques, les belles images et cette façon d'habiller de beauté des moments douloureux, des situations ordinaires, des vies simples. Celles des autres autant que les nôtres... 

    Je me suis laissée porter par les mots, petites fulgurances de bonheur littéraire :

    Riez comme un goret, riez comme une folle puisque votre fils est mort. Il faut bien que toutes les horreurs du monde enfantent des printemps si nous voulons durer au-delà du chagrin.

    J’étais en quelque sorte, avec tout cet orgueil dont est bouffie l’enfance, le docte souverain d’un royaume des médiocres.

    Et puis la vie reprit son cours. Ce n'est qu'une expression bien sûr : la vie ne pouvait pas reprendre son cours puisque son cours ne s'était jamais arrêté ; la vie ne s'arrête que pour celui qui meurt.

    Ces phrases pour lesquelles on arrête notre lecture et réfléchis à ce qu'on vient de lire, l'intègre, lui donne un éclairage, un sens plus personnels ; ces phrases qui méritent qu'on les relise et relise encore, avant de poursuivre le récit.

    Mais au moment de rédiger cette critique, je m'aperçois que l'histoire m'a laissée sur le bord du chemin, en marge, en quelque sorte... Alors, je ne garderai que ces pics, ces serrements de cœur qui m'ont prise en traître, m'ont piquée au vif et laissée bien souvent songeuse et reconnaissante d'avoir fait naître en moi de si belles émotions. N'est-ce pas là l'essentiel de ce qu'on recherche en ouvrant ces petits rectangles de papier tant chéris ? 

    ¤ ¤ ¤
    4ème de couv

    Nés sous les feux de la forge où s’attelle leur père, ils étaient Fils du feu, donc fils de roi, destinés à briller. Mais l’un des deux frères décède précocement et laisse derrière lui des parents endeuillés et un frère orphelin. Face à la peine, chacun s’invente sa parade : si le père s’efface dans les vagues de l’ivresse, la mère choisit de faire comme si rien ne s’était passé. Et comment interdire à sa mère de dresser le couvert d’un fantôme rêvé ou de border chaque nuit un lit depuis longtemps vidé ? Pourquoi ne pas plutôt entrer dans cette danse où la gaieté renaît ? Une fois devenu adulte et peintre confirmé, le narrateur, fils du feu survivant, retrouvera la paix dans les tableaux qu’il crée et raconte à présent. Ainsi nous dévoile-t-il son enfance passée dans une France qu’on croirait de légende, où les hommes forgent encore, les grands-mères dépiautent les grenouilles comme les singes les bananes, et les mères en deuil, pour effacer la mort, prétendent que leurs fils perdus continuent d’exister.
    Dans une langue splendide, Guy Boley signe ainsi un premier roman stupéfiant de talent et de justesse.  

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  • Les confessions de Frannie Langton - Sara Collins -Frannie Langton est accusée du meurtre de ses employeurs. Ancienne esclave, elle leur a été offerte comme bonne à tout faire par son ancien maître et accessoirement père... Frannie est une mulâtresse, comme on disait alors. Toute jeune encore, elle traîne derrière elle un sacré passé. Éduquée pour pouvoir confirmer que la couleur de la peau a une incidence sur l'intellect - seuls les blancs sont capables de réflexion, de création, de bon sens et de raison... Frannie n'est pas une esclave comme les autres, c'est un sujet de laboratoire, un rat sacrifié à la science !


    Les livres étaient mes compagnons, dis-je enfin, haussant la voix pour couvrir le bruit du vent qui soulevaient les feuilles et ses jupes. Et je suis heureuse d'avoir pu apprendre, quelque soit la raison pour laquelle c'est arrivé. Cela m'a permis de voir qu'une vie n'est pas figée, qu'elle peut être pleine d'aventures. Parfois, je m'imaginais que j'étais une dame comme dans les romans et les histoires d'amour. Cela va peut-être vous paraître bête, mais j'avais l'impression d'appartenir à un monde qui sinon m'aurait été inaccessible.

    A travers l'histoire de son héroïne, c'est tout un pan de l'histoire de l'esclavage, de l'abolitionnisme, du racisme que Sara Collins nous met en scène. J'ignorais, pour ma part, même si cela ne me surprend pas, les expériences soi-disant scientifiques menées sur les esclaves...
    J'ai trouvé que Sara Collins traite son sujet avec beaucoup de pudeur, tout en restant très percutante dans son histoire et dans son style. Certes, cela fait beaucoup pour une seule femme quand on considère tout ce qui arrive à Frannie, mais cela ne m'a pas tant gênée, tant je me suis laissée happée par son récit.
    On a envie de la sauver, Frannie, de déjouer le sort, même si on sait, très vite, dès les premières pages, qu'elle ne s'en sortira pas. Parce qu'ancienne esclave, parce que femme, parce que pauvre et noire dans un monde où seul l'homme blanc et bien né peut être sûr de trouver (et garder) sa place...


    Que voudriez-vous que l'on se rappelle de vous ? Si vous aviez une dernière page et une dernière heure, qu'écririez-vous ? Voici ce que j'ai choisi. Un récit de moi-même. J'ai aimé deux choses : les livres que j'ai lus, et les personnes qui les ont écrits. Car, malgré le cas qu'on en fait, la vie n'a pas de sens, mais les romans nous permettent de croire que, en fait, elle est quelque chose.


    Merci à Babelio et aux éditions Belfond pour la découverte de ce livre et de cette auteure que je lirai de nouveau avec plaisir.

    ¤ ¤ ¤
    4ème de couv :

    Esclave, prostituée, victime, meurtrière, qui est vraiment Frannie Langton ? Un roman noir historique saisissant, qui nous fait voyager entre la Jamaïque et le Londres du XIXe siècle, pour nous raconter l’histoire d’une jeune femme aux mille visages… Racisme, colonialisme, inceste ; une plongée terrifiante dans la noirceur humaine.
    Jamais je n’aurais pu faire ce dont ils m’accusent, pas à Madame, parce que l’aimais. Pourtant ils disent que je dois être condamnée à mort et ils veulent que j’avoue. Mais comment avouer ce que je suis convaincue de ne pas avoir fait ?

    Londres, 1826. Toute la ville est en émoi. La foule se presse aux portes de la cour d’assise pour assister au procès de Frannie Langton, une domestique noire accusée d’avoir tué Mr et Mrs Benham, ses employés.

    Pour la première fois, Frannie doit raconter son histoire. Elle nous parle de sa jeunesse dans une plantation de canne à sucre en Jamaïque, où elle a été le jouet de chacun : de sa maîtresse, qui s’est piquée de lui apprendre à lire tout en la martyrisant, puis de son maître, qui l’a contrainte à l’assister sur nombre d’expériences scientifiques, plus douteuses les unes que les autres. Elle nous parle de son arrivée à Londres, où elle est « offerte » aux Benham, comme un vulgaire accessoire, de son amitié avec la maîtresse de maison, de leur même appétit pour la lecture, la culture. De leur passion…

    Elle se dévoile pour tenter de se souvenir de cette terrible nuit, qui lui échappe complètement. Mais une question la ronge sans cesse, comment aurait-elle pu tuer celle qu’elle aime ?

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