• Les confessions de Frannie Langton - Sara Collins -Frannie Langton est accusée du meurtre de ses employeurs. Ancienne esclave, elle leur a été offerte comme bonne à tout faire par son ancien maître et accessoirement père... Frannie est une mulâtresse, comme on disait alors. Toute jeune encore, elle traîne derrière elle un sacré passé. Éduquée pour pouvoir confirmer que la couleur de la peau a une incidence sur l'intellect - seuls les blancs sont capables de réflexion, de création, de bon sens et de raison... Frannie n'est pas une esclave comme les autres, c'est un sujet de laboratoire, un rat sacrifié à la science !


    Les livres étaient mes compagnons, dis-je enfin, haussant la voix pour couvrir le bruit du vent qui soulevaient les feuilles et ses jupes. Et je suis heureuse d'avoir pu apprendre, quelque soit la raison pour laquelle c'est arrivé. Cela m'a permis de voir qu'une vie n'est pas figée, qu'elle peut être pleine d'aventures. Parfois, je m'imaginais que j'étais une dame comme dans les romans et les histoires d'amour. Cela va peut-être vous paraître bête, mais j'avais l'impression d'appartenir à un monde qui sinon m'aurait été inaccessible.

    A travers l'histoire de son héroïne, c'est tout un pan de l'histoire de l'esclavage, de l'abolitionnisme, du racisme que Sara Collins nous met en scène. J'ignorais, pour ma part, même si cela ne me surprend pas, les expériences soi-disant scientifiques menées sur les esclaves...
    J'ai trouvé que Sara Collins traite son sujet avec beaucoup de pudeur, tout en restant très percutante dans son histoire et dans son style. Certes, cela fait beaucoup pour une seule femme quand on considère tout ce qui arrive à Frannie, mais cela ne m'a pas tant gênée, tant je me suis laissée happée par son récit.
    On a envie de la sauver, Frannie, de déjouer le sort, même si on sait, très vite, dès les premières pages, qu'elle ne s'en sortira pas. Parce qu'ancienne esclave, parce que femme, parce que pauvre et noire dans un monde où seul l'homme blanc et bien né peut être sûr de trouver (et garder) sa place...


    Que voudriez-vous que l'on se rappelle de vous ? Si vous aviez une dernière page et une dernière heure, qu'écririez-vous ? Voici ce que j'ai choisi. Un récit de moi-même. J'ai aimé deux choses : les livres que j'ai lus, et les personnes qui les ont écrits. Car, malgré le cas qu'on en fait, la vie n'a pas de sens, mais les romans nous permettent de croire que, en fait, elle est quelque chose.


    Merci à Babelio et aux éditions Belfond pour la découverte de ce livre et de cette auteure que je lirai de nouveau avec plaisir.

    ¤ ¤ ¤
    4ème de couv :

    Esclave, prostituée, victime, meurtrière, qui est vraiment Frannie Langton ? Un roman noir historique saisissant, qui nous fait voyager entre la Jamaïque et le Londres du XIXe siècle, pour nous raconter l’histoire d’une jeune femme aux mille visages… Racisme, colonialisme, inceste ; une plongée terrifiante dans la noirceur humaine.
    Jamais je n’aurais pu faire ce dont ils m’accusent, pas à Madame, parce que l’aimais. Pourtant ils disent que je dois être condamnée à mort et ils veulent que j’avoue. Mais comment avouer ce que je suis convaincue de ne pas avoir fait ?

    Londres, 1826. Toute la ville est en émoi. La foule se presse aux portes de la cour d’assise pour assister au procès de Frannie Langton, une domestique noire accusée d’avoir tué Mr et Mrs Benham, ses employés.

    Pour la première fois, Frannie doit raconter son histoire. Elle nous parle de sa jeunesse dans une plantation de canne à sucre en Jamaïque, où elle a été le jouet de chacun : de sa maîtresse, qui s’est piquée de lui apprendre à lire tout en la martyrisant, puis de son maître, qui l’a contrainte à l’assister sur nombre d’expériences scientifiques, plus douteuses les unes que les autres. Elle nous parle de son arrivée à Londres, où elle est « offerte » aux Benham, comme un vulgaire accessoire, de son amitié avec la maîtresse de maison, de leur même appétit pour la lecture, la culture. De leur passion…

    Elle se dévoile pour tenter de se souvenir de cette terrible nuit, qui lui échappe complètement. Mais une question la ronge sans cesse, comment aurait-elle pu tuer celle qu’elle aime ?

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  • Les dieux de la steppe - Andreï Guelassimov - Ce récit se déroule en 1945. Si la seconde guerre mondiale s'achève en occident, elle ne touche pas encore à sa fin dans  ce petit village de l'extrême orient soviétique où bon nombre de prisonniers triment encore dans des mines et bon nombre de soldats sont encore au combat.

    Les soldats. Il y a ceux qui partent dans des trains bondés chargés d'engins militaires qui n'en finissent pas de faire rêver le jeune Petka. Et ceux qui reviennent, médaillés, estropiés - les deux parfois - tenant debout grâce à la gnôle qui coule des gorges aux veines. Petka, le bâtard ou fils de pute du village, qui fait l'objet des pires violences de la part des gamins, mais aussi des adultes, espérait rejoindre les premiers ; mais ce sont les seconds qui vont débarquer dans sa vie...

    si Petka avait eu à décider, il n'aurait pas pris Mitka Mikhaïlov comme père. Mais sa maman, même si on lui avait donné le choix entre cinq mille autres, il l'aurait choisie.

    Beaucoup de violence, directe ou sous-jacente, dans les dieux de la steppe. Petka, sa mère, le jeune Valerka, son ami à la santé fébrile et bien d'autres la subissent, mais presque de manière "naturelle" comme si c'était la norme. La faim, le froid, la cruauté font partie intégrante de leur vie. Et la guerre n'y est pas forcément pour grand chose.

    Il n'y avait pas beaucoup de cafards, parce qu'ils vivent là où il reste au moins quelque chose à avaler, et Valerka et sa maman ne laissaient rien dans la maison. C'est tout juste s'il y avait assez à manger pour eux. Ils ramassaient les miettes dans le creux de leur main et devant les cafards affligés, ils se les fourraient soigneusement dans la bouche. Comme pour le charbon à la mine. Un, deux et hop dans le wagonnets.

    Les dieux de la steppe - Andreï Guelassimov -

    On suit parallèlement à l'histoire de Petka, la vie d'un des prisonniers japonais qui travaille à la mine : Hirotaro. On devine que ces deux-là vont finir par se rencontrer, mais quand ? La raison, on la devine, mais Andreï Guelassimov prend son temps pour installer ses personnages, leur vie et nous ouvre peu à peu à la découverte de ce que certains appellent l'âme russe, entre poésie, douleur, abnégation et résistance...

    tu ne peux pas connaître ton destin.
    Peut-être replieras-tu tes ailes au milieu des steppes...

    Peut-être...

    ¤ ¤ ¤
    4ème de couv :

    Dans un village de Sibérie, Petka, un petit garçon toujours pieds nus, va chaque jour à la gare voir passer les convois militaires qui parfois s'arrêtent. Nous sommes en 1945, et la guerre ici n'est pas tout à fait finie, une offensive contre les Japonais est imminente, mais dans ce village du bout du monde la vie suit son cours... Petka, traité de "fils de pute" parce qu'il n'a pas de père, vit chez ses grands-parents avec sa mère. Persécuté par une bande de gamins d'une rare méchanceté, tels ceux de Sa Majesté des mouches, il n'a que deux amis - un garçon maladif et un louveteau qui terrorise les chèvres de sa grand- mère. Près du village, une "zone interdite" s'est développée au travers d'un camp de prisonniers de guerre japonais qui travaillent dans une mine. Parmi eux, un médecin originaire de Nagasaki qui raconte chaque soir, dans un carnet, l'histoire de sa famille, à la manière du Dit du Genji, espérant qu'un jour son fils le recevra, comme un "salut du royaume des morts au monde des vivants". Il ignore évidemment que quelques jours plus tard sa femme et son fils succomberont avec soixante-quinze mille autres personnes dans l'explosion de la seconde bombe atomique américaine. LUnion soviétique a vaincu l'Allemagne nazie, les soldats démobilisés commencent à rentrer et, comme après chaque guerre, les comptes vont se régler...

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  • Une colonne de feu - Ken Follett -Que dire ? En quelques mots : il y a bien 200 pages de trop pour moi dans ce troisième opus. Dis comme ça, on pourrait penser que je ne l'ai pas aimé. Ce n'est pas cela. Mais après les deux premières sagas, qui m'ont tenue en haleine du premier au dernier mot - je me souviens avoir embarqué en formation les deux énormes tomes qui ont pesé bien lourd dans ma valise avec mes trois changements de gare, tellement l'idée de ne pouvoir poursuivre ma lecture m'était intolérable. Là, j'ai vraiment peiné sur les deux cents dernières pages. Il me tardait d'en voir le bout de cette histoire... Et pourtant, cela reste du Ken Follett, donc un récit souvent exaltant, des références historiques sûres qui nous ouvrent aux sources de ce conflit entre catholiques et protestants et toujours cette fine mise en perspective de problèmes qui font encore malheureusement écho dans notre actualité.

    Quand un homme est convaincu de connaître la volonté de Dieu, et qu'il est résolu à l'accomplir à tout prix, il devient l'être le plus dangereux du monde.  

    Le destin tragique de Marie Stuart a été un des moments forts du récit pour moi. Sa rivalité avec Elizabeth, les tentatives d'instrumentalisation de ce conflit entre ces deux reines par divers conseillers ou hommes de guerre, et la manière dont elles ont fait face, essayant de reprendre la main sur ce jeu de pouvoir et de dupes, en sachant pertinemment quel serait le prix à payer pour celle des deux qui échouerait... un événement sans précédent, à cette époque.

    Je referme le livre avec une formidable envie de découvrir le film qui va sortir bientôt sur Marie Stuart, reine d'Ecosse, et espère ne pas vous avoir détourné de la lecture du dernier opus de cette si belle saga ! Ne vous privez surtout pas de le lire, si ce n'est déjà fait ! 

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  • Couleurs de l'incendie - Pierre Lemaitre -Il y a des livres qu'on dévore comme de jolies noix de cajou bien dorées et salées à point : quand on commence à y gouter, c'est foutu ! On ne peut plus s'arrêter. Alors quelle impatience à l'idée qu'il va me falloir attendre que Pierre Lemaitre pose un point final à son histoire. Et quelle frustration également à l'idée qu'il en mette finalement un !

    Faudrait savoir ce que je veux ? Les deux votre honneur. Et ça, c'est irréalisable. Mais laissez-moi y croire quand même un peu...

    En attendant, vous dire à quel point j'avais peur d'être déçue par cette "suite", moi qui ai mis si longtemps à ouvrir Couleurs de l'incendie, la tête encore emplie du si beau film d'Albert Dupontel. D'ailleurs, il m'a poursuivit, ce film, tout au long de ma lecture. Le visage de Madeleine,  Dupré qui prenait rapidement les traits de Dupontel et cette si fantasque Solange pour qui je redoutais (et espérais en secret) qu'il nous découvre une actrice au physique de Castafiore avec une voix à faire trembler tous les murs, digne d'une Montserrat Caballé. Et je ne vous parlerai pas de Léonce et de l'extraordinaire Vladi... S'en emparera-t-il de cet incendie aux couleurs d'une époque dont les relents remontent à la surface de notre XXIième siècle, de plus en plus souvent, de plus en plus prenants ?

    Couleurs de l'incendie réunit tout ce que j'aime lire :
    - une histoire qui tient la route et redouble d'intérêt au fur et à mesure qu'on tourne les pages ;
    - une galerie de personnages phénoménaux, pas seulement hauts en couleurs, certains sont tout en retenue et pudeur ;
    - un décor posé, sans longueurs et insistance, où l'on entre tout de suite et se pose ;
    - une prégnance de l'Histoire, qui donne une consistance et un éclairage fort à certaines scènes, pour ne citer que celle-ci :

    Le silence vint. La salle était muette. Solange ferma les yeux et se mit à chanter, a capella de nouveau, Meine Freiheit, meine Selle (Ma liberté, mon âme) de Lorentz Freudiger, pièce qui devait être noyée dans le programme, mais dont elle faisait la véritable ouverture de son récital.
    Solange chantait Ich wurde mit dir geboren (je suis née avec toi) les yeux fermés.
    Une minute s'écoula puis le chancelier se leva, tout le monde se leva, Solange chantait toujours Ich will mit dir sterben (Je mourrai avec toi).
    Paul pleurait d'émotion dans la coulisse, les officiels quittèrent les loges, aussitôt tout le monde fit mouvement.
    Solange chantait encore Morgen werden wir zusammen sterben (Demain, nous mourrons ensemble).
    La salle se vida, les musiciens se levèrent, fracas d'instruments, la voix de Solange fut couverte par les cris, les huées... Il ne resta qu'une trentaine de personnes éparses dans la salle. Qui étaient-elles, on ne le sut jamais. Elles étaient debout et applaudissaient. Alors le théâtre plongea dans le noir absolu et retentit un rire immense, celui de Solange Gallinato, un rire qui était encore de la musique.

    Un livre qui est encore une réussite. Et dont au final, je ne vous dis pas grand chose. Juste vous faire partager ce que j'en ai pensé et vous donner l'envie de l'ouvrir. Le reste ne m'appartient plus...

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    4ième de couv :

    Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l'empire financier dont elle est l'héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d'un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
    Face à l'adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l'ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d'intelligence, d'énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d'autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l'incendie qui va ravager l'Europe.

    Couleurs de l'incendie est le deuxième volet de la trilogie inaugurée avec Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013, où l'on retrouve l'extraordinaire talent de Pierre Lemaitre.

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  • 51XMEijdf+L._SX195_C’est un livre que j’aurai aimé lire, le soir, la tête sous les couvertures à la lumière d’une lampe de poche, comme quand j’étais môme et que je bravais le couvre-feu parental en m’étourdissant la tête et me brûlant les yeux aux mots chéris et adorés des auteurs des bibliothèques rose ou verte.

    Tout est écrit, partout sous les choses, ne reste qu’à fouiller, gratter le sol, écorcher les roches pour mettre les phrases au jour.

    C’est un livre que j’aurai aimé lire ta main dans la mienne, vautrées sur le vieux canap’ du salon des parents, en boulottant des réglisses et des boules coco, te faisant la lecture, sœurette, comme quand nous étions mômes.

    Être à ses côtés c’est se chauffer à une force mystérieuse, peut-être tellurique. On dirait qu’elle a trouvé le secret de la vie, ça irradie d’elle entière, je voudrais m’y frotter comme à une lampe magique, qu’elle me prête un peu de son fluide, qu’elle me maquille les yeux et la bouche.

    C’est un livre que j’aurai aimé lire à mes mômes à moi, au coin du feu dans la pénombre, tous blottis dans de vieux plaids en tricot, pour leur dire notre enfance. Pour leur dire qu’on n’y est pour rien, qu’on n’a rien vu venir, qu’on y croyait tellement à ce pour quoi on s’est battu, ce pour quoi on n’en finissait pas de chanter, de gueuler, d’user nos clarks et nos kickers bi-color sur ces pavés bien recouverts de béton, au cas où il nous serait venu des idées… 

    Ce serait lire, à l’encre sympathique d’un stylo vendu avec Pif gadget, le récit de la dégringolade d’une génération qui s’était crue effrontée et se découvre désarmée.

    J’aurai aimé lire ce livre avec dans les oreilles la voix rocailleuse du chanteur énervant, le poing levé en chantant avec lui « J’ai chanté dix fois, cent fois, J’ai hurlé pendant des mois, J’ai crié sur tous les toits, Ce que je pensais de toi ; Société, société, Tu m’auras pas. »
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    J’ai lu ce livre, les larmes aux yeux, le cœur ouvert au bonheur et à la nostalgie. Et la tête haute. J’ai lu ce livre sans arrêter de penser à elles – Isabelle et sa sœur adorée qui te ressemble tellement – à son petit son doux son roi du monde, aux événements passés et présents du monde, à notre sidération berceau de notre passivité.

    J’avance, mais mes poches sont pleines de cailloux.

    Est-ce qu’il faut être né dans les années 70 ? Est-ce qu’il faut avoir été « une moitié des filles » ? Est-ce qu’il faut avoir défilé et cru à toutes ces conneries chimères de droits, d’égalité et de liberté ?
    Non, je ne pense pas.
    Il faut le lire c’est tout.

    Tout le reste n’est pas que Littérature !

    J’ai ri, tu as entendu ? Un vrai rire de bon cœur, on disait ça, ils étaient nos préférés. Tu l’as entendu ce rire ? Beau, puissant, musclé par tout le chagrin porté. Tu as vu comme il a inondé mes joues et mon cœur et mes bras ? Il a des notes de toi, je les ai reconnues, si c’est là que tu te caches je veux l’entendre toujours.

    ¤ ¤ ¤
    4ième de couv :

    C’est une histoire intime, la jeunesse lumineuse de deux sœurs nées dans les années 1970 ; et puis la tragédie obscurcit tout.
    C’est une promenade sur les sentiers de la vie d’une femme, traversés par l’époque, les rêves et ces chagrins inconsolables qui nous font pourtant grandir.
    Récit à la beauté vibrante, Mistral perdu recueille les traces des événements personnels et collectifs qui nous percutent à jamais.

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