•  Vernon Subutex - Virginie Despentes -J’ai attendu d’avoir les trois pour commencer la trilogie. Pas l’envie de marner entre deux tomes. Impatience ? Exigence ? Peur de laisser tomber car pas le cœur de me reconnecter avec tous les personnages ?
    Oui, j’avoue. J’avais été briefée avant…
    Et depuis le temps que je voulais découvrir cette auteure, je n’allais pas foutre en l’air ce premier rendez-vous juste pour une histoire de calendrier…

    Je pensais lire le premier tome tranquilou, en gardant bien sous le coude le number two et pas trop loin de moi son petit frère. Nenni ! Je t’ai baffré les trois tomes comme si j’avais été privée de lecture durant des mois. « Une vraie junkie avec son subutex ! » : dixit Mister T. appréciateur des couvertures et du titre…
    C’est vrai qu’elles en jettent les couvertures, non ?

    Alors ce tome 1, il m’a prise un peu par surprise. J’ai commencé à le lire en mode « fille blasée » et je me disais « Mouaich » que la galère « on » connait et que le Vernon, ce n’est rien d’autre qu’un mec de plus à s’être fait laminé par la société. La vie quoi ! Et puis j’ai réalisé à quel point c’est con de penser comme ça. Que des deux, la plus laminée, c’était moi…

    Car le Vernon, il a peut-être fait faillite, il a certainement et sûrement vécu au crochet d’Alex Bleach, la star incontestée de la pop qui vient de calancher dans sa baignoire, foudroyé lors de sa dernière chasse au dragon, les yeux dilatés, le nez sans doute un petit peu trop poudré ou les veines bien trop chargées…, et que certes, il renoue avec ses anciens potes, juste histoire de squatter un peu chez eux et de leur soutirer quelques tunes, mais quelle prestance, ce type ! Et quel personnage !

    Vernon Subutex, tome 1 - Virginie Despentes -

    C’est qu’il est d’un détachement à toute épreuve, le Subutex. Parfois, tu aurais presque envie de le secouer pour qu’il se bouge un peu et qu’il réalise l’ampleur de la merde dans laquelle il est… Tu crois qu’il se fout de tout, mais non. Contrairement à beaucoup d’entre nous, il a décidé d’arrêter de chercher sa piñata. Le bandeau viré des yeux, il a reposé la batte.

    Du coup, il me plaît bien ce Vernon. Sans en avoir l’air, il met le doigt là où ça fait mal. Tu vois, un peu comme un Jiminy criquet, qui te susurrerai à l’oreille tout ce à quoi tu croyais et que tu as foulé au pied… Sous couvert de ne pas y toucher, il lâche rien. Sans même s’accrocher, sans même se battre. Et pour ses potes, je ne t’en parle même pas. Cela va être un vrai détonateur !

    Oui, je sais, je n’ai pas parlé des cassettes, mais on s’en fout des cassettes, non ?

    Par contre, dans le second tome, cela va être une sacrée affaire…

     ¤ ¤ ¤ Vernon Subutex, tome 1 - Virginie Despentes -

    4ième de couv :

    QUI EST VERNON SUBUTEX ?

     Une légende urbaine.
    Un ange déchu.
    Un disparu qui ne cesse de ressurgir.
    Le détenteur d’un secret.
    Le dernier témoin d’un monde disparu.
    L’ultime visage de notre comédie inhumaine.
    Notre fantôme à tous.

    LE RETOUR DE VIRGINIE DESPENTES

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  • Rien ne s'oppose à la nuit - Delphine de Vigan -Ni conquise, ni déçue. Juste le sentiment de n’être pas vraiment en phase avec les avis que j’ai lus sur ce livre. Certains y voient du voyeurisme, reprochant à Delphine de Vigan l’irrévérence de laver son linge sale sur la place publique. Pourquoi devrait-elle se taire ? Cela m’interpelle toujours, cette injonction au silence sur celui ou celle qui, au bout du compte, ne fait que dire ce qui est ou a été, pour tenter de se libérer de secrets trop lourds à porter et qui lui pourrissent la vie.

    Redonnons à chacun ce qui lui appartient. Et si elle souhaite en faire un livre, pourquoi pas ? Libre est l'auteure.

    toute tentative d'explication est vouée à l'échec. Ainsi devrai-je me contenter d'en écrire des bribes, des fragments, des hypothèses.
    L'écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d'interroger la mémoire.
     

    Voilà le sentiment que j’ai eu en lisant Rien ne s’oppose à la nuit, cette impression que Delphine de Vigan, par procuration, s’attachait à libérer la conscience de sa mère de tout ce qui l’a conduite à mettre fin à ses jours, avant de s’attaquer à ses propres souvenirs et ressentis. Elle sème au fil des pages, tout ce surplus d’angoisse, de rancœur et de peine, pour tenter de s’en débarrasser. Faire la paix avec et pour Lucile. Et il en faut du courage…

    J'écris Lucile avec mes yeux d'enfant grandie trop vite, j'écris ce mystère qu'elle a toujours été pour moi, à la fois si présente et si lointaine, elle qui, lorsque j'ai eu dix ans, ne m'a plus jamais prise dans ses bras. 

    Rien ne s'oppose à la nuit - Delphine de Vigan -

    D’aucuns ont loué cette ode à la mère, cette déclaration d’amour à celle qui l’a mise au monde. Je peux comprendre. Mais je n’ai pas vraiment ressenti cela.

    Je ne dis pas que l’on ne peut aimer une mère stone du matin au soir, que vous devez prendre en charge à l’âge où d’autres jouent encore à la poupée ; je ne dis pas que Lucile est responsable, elle a fait comme elle a pu avec cette vie qui fut la sienne et cette bipolarité qui la faisait passer de l’euphorie à la dépression, sans pouvoir s’échapper de cette spirale infernale. Je ne dis pas que Delphine de Vigan n’aimait pas sa mère, mais plutôt qu’elle en a fait son deuil.

     Celui de la mère réelle ? De la maman rêvée ? Se consoler avec l’idée que si elle n’a pas su (pu) être mère, elle a été une grand-mère extra.

    Un jour Lucile partirait, elle quitterait le bruit, l'agitation, le mouvement. Ce jour-là, elle serait une et une seule, distincte des autres, ne ferait plus partie d'un ensemble. Elle se demandait souvent à quoi ressemblerait le monde, ce jour-là, s'il serait plus violent, ou au contraire plus clément.

    Ce qui m’a émue :

     Posée au-dessus des sacs et des cartons, trônait la pancarte "Pelouse interdite" de la résidence de Lucile, dont le pied était couvert de terre. A la demande de mes enfants, Mélanie, qui n'est pas du genre à reculer devant la transgression, l'avait arrachée.

    Ma fille m'a expliqué, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde, l'hommage qui était le leur.
    - Grand-mère Lucile voulait la piquer, alors on l'a fait.

    Rien ne s'oppose à la nuit - Delphine de Vigan -

    4ième de couv :

    Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre.

    Aujourd'hui je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence.

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  • D'après une histoire vraie - Delphine de Vigan -Il y a tellement de choses à dire sur ce livre (d’ailleurs elles ont sûrement toutes été dites…), qu’au moment de rédiger cet avis, je ne sais par où commencer. Faire simple : partir du plaisir de cette lecture, avec l’étonnement et l’admiration pour cette auteure, au dernier mot lu.

    L'écriture est un sport de combat. Elle comporte des risques, elle rend vulnérable. Sinon elle ne vaut rien.

    Pour une première lecture de Delphine de Vigan, c’est vraiment une découverte réussie pour moi. Et il me tarde de me plonger dans Rien ne s’oppose à la nuit, qui fait partie intégrante de ce livre-ci.

    Mon dernier roman n'était qu'une tentative maladroite et inaboutie de m'approcher de quelque chose d'insaisissable. Une façon de raconter l'histoire, à travers un prisme déformant, un prisme de douleur, de regrets, de déni. D'amour aussi.

    Même sans l’avoir lu, on connaît sa trame, l’histoire… alors quand Delphine nous conte cette descente aux enfers de l’écrivaine dépassée par les retombées de son dernier livre et qui ne sait comment, ni sur quoi « rebondir », on comprend. On comprend la page blanche, le trou noir et l’angoisse vécus par Delphine : qu’écrire après cela ? Et on comprend que L. puisse entrer dans sa vie… Je n’en dirais pas plus et vous laisse le découvrir si, comme moi, vous n’aviez pas cédé au succès de ce livre et à tous les éloges dithyrambiques qui l’ont accompagné...

    D'après une histoire vraie - Delphine de Vigan -

    En un mot : L’auteure m’a bluffée ! Un peu saturée en début de lecture, par le récit de sa vie, son François et toutes ses petites indiscrétions qui m’ont fait craindre un déballement digne d’un Gala ou Voici, je n’en étais pas moins happée par la montée crescendo de ce sentiment d’angoisse et d’enfermement qui prend aux tripes. Alors, je ne vous raconte pas la chute…

    Non seulement Delphine de Vigan mène son récit d’une main de maître, mais elle en profite pour s’interroger sur ce que doit être la fiction au XXIième siècle et le « travail » de l’écrivain : Peut-on écrire encore aujourd’hui des histoires à la Balzac ? Quel rôle joue ou doit jouer un éditeur ? Que valent des personnages cousus de toutes pièces face aux personnes de chair et de sang, qui elles seules, ont toute légitimité à finir entre les pages et dans les mots... Le diktat du « vrai », du « vécu » bankable, face au fantasque des belles histoires, d’une Emma ou d’un Cyrano qui ne feraient plus recette.

    LectricD'après une histoire vraie - Delphine de Vigan -e ou Lecteur, tu tiens sa réponse dans tes mains…

    C'est vrai ou ce n'est pas vrai, un point c'est tout. C'est une autobiographie ou c'est une pure fiction. C'est un contrat passé entre vous et nous. Mais si vous arnaquez le lecteur, il vous en veut.

    ¤ ¤ ¤

    D'après une histoire vraie - Delphine de Vigan -

    4ième de couv :

    "Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu'un écrivain ne devrait jamais croiser."

    Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s'aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction. Ce livre est aussi une plongée au cœur d'une époque fascinée par le Vrai.

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  • L'homme de la montagne - Joyce Maynard - Je pensais lire un roman policier et cela a, je pense, beaucoup influencé ma lecture. Et puis, ce n'est pas facile d'enchaîner un autre livre juste après celui qui a été pour moi un réel coup de cœur. Enfin, tout cela pour vous dire qu'entre attente et impatience, je suis passée un peu à côté de l'homme de la montagne.

    J'ai pourtant apprécié la relation complice, fusionnelle entre les deux sœurs, leur imagination débordante pour occuper leur quotidien, loin du regard des adultes.

    Joyce Maynard dresse un portrait de l'adolescence et de ses préoccupations assez juste, ainsi que celui d'une mère, perdue et démissionnaire, après un divorce, retranchée derrière les volutes de tabac et les pages de romans.

    Ma mère avait, étant jeune, rêvé d'aller à l'université étudier l'anglais, ou peut-être passer des examens de bibliothécaire. Cette ambition, en tout cas, s'était évaporée depuis longtemps, et elle paraissait ne pas s'attendre à en trouver chez ses filles. Peut-être parce que l''idée que nous puissions désirer quelque chose qu'elle ne pouvait offrir la rendait trop triste, ou parce qu'elle était parvenue à la conclusion que ne rien espérer nous éviterait la déception de ne rien obtenir.

    Mais malgré toutes ces qualités, ce n'est pas un livre qui restera gravé dans mon esprit...

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  • Toi qui lis ces quelques lignes et qui n'as toujours pas ouvert Nous rêvions juste de liberté d'Henri Loevenbruck, qu'attends-tu ?

    Toi qui en as encore plein les yeux, peut-être t'arrêteras-tu là. Rien que la vue de la couv a déjà fait battre un demi temps de plus ton palpitant, alors savoir ce que j'en ai à dire : tu t'en fous !

    Je viens de le refermer des escarbilles encore plein les yeux - ce que c'est con de pleurer toute seule derrière un bouquin ! - Alors je griffonne un peu les images que j'ai dans le cœur :

    Moi, gamine, autour de mes quatre frangins toujours à bricoler leurs bécanes, les mains dans le cambouis, les outils au sol et toute cette ferraille à leurs pieds, à s'engueuler pour savoir comment, si, quand elles allaient repartir.
    J'en ai passé du temps avec eux à les regarder bosser, pester et se marrer. J'en ai étalée de la pâte à polir les chromes pour cette fierté de môme de les mettre en route et les pousser à fond "pour voir ce que ça donne". Et ça donnait fort.
    C'était sûrement ça "transformer l'acier en gouttes de vie".

    C'est nul de parler de moi. C'est pas ça qui te fera ouvrir ce livre. Alors je pourrais te dire que c'est superbement écrit, que le rire, l'émotion sont là, même pas planqués entre deux pages car Henri Loevenbruck, il te prend pas en traître, non. Il est droit dans ses bottes. Il n'écrit pas pour toi. Mais pour lui. Et c'est la vie et ses bouffées de liberté bien fugaces qui te serrent la gorge quand il t'envoie une bonne droite en plein cœur.

    Nous rêvions juste de liberté - Henri Lœvenbruck -

    Si tu n'aimes pas "jouer aux Lego avec la vie", si tu crois que lire un bouquin c'est enchaîner les pages, le refermer et puis plus rien : passe ton chemin ! Mais fonce la tête dans le guidon si pour toi " le passé, c'est comme un paradis perdu où tout était permis, tout était possible, et puis maintenant, plus rien."

    Plus rien ? Voir la vie, comme de très loin, avec les pieds nus dans la tête.

    LH&R

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