• Une vie de pierres chaudes - Aurélie Razimbaud - Une vie de pierres chaudes, c'est quoi dans l'absolu : une vie à se dorer la pilule au soleil, une vie à se laisser charrier par le vent, les vagues au gré des marées, une vie dont on ne maîtrise rien, ne choisit rien ou tout simplement une vie d'oubli les pieds ancrés au sol, ouvert aux sensations pures, simples, naturelles ? 

    Celle de Rose et de Louis est un peu tout cela à la fois. Enfin, c'est le sentiment qui ressort à la lecture des premières pages : une vie d'insouciance à danser, boire, festoyer, plonger dans la méditerranée, bleue, chaude, belle et lisse comme l'avenir qui semble se profiler pour eux et bon nombre de ceux qui les entourent.

    Si elle y avait prêté attention, peut-être aurait-elle vu, à la place  de ces femmes aux robes bien coupées, aux bras dorés et lisses, guidées par leur mari ou leur amant au rythme d'une musique banale, peut-être aurait-elle aperçu, dans l'éclat froid d'un bijou, dans un regard en fuite, la réplique exacte de sa vie future.

    Mais c'est oublié la guerre d'Algérie qui a broyé esprits et corps et laisse mille fois plus que des traces indélébiles... Il y a un avant et un après. Louis fait tout pour oublier le pendant et lutte, souvent en vain, pour vivre avec. Il y a des mots jamais prononcés qui en disent plus long que tout ce qui est dit...

    Ce premier roman est beau et d'une noirceur distillée avec parcimonie : pas de larmoiements, de jugements ou de sens du tragique exacerbé. Aurélie Razimbaud écrit juste et bien ! Une autrice à découvrir et à suivre.

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    4ième de couv

    « La guerre, non, la guerre n’a rien d’essentiel ; les choses essentielles sont le vent, le goût des pierres chaudes, le soleil, les ailes des oiseaux, les cris des enfants sur la plage. » Qu’est-ce qui brille à la même hauteur que le soleil ? L’amour ou la mort ?

    Dans ce récit enfiévré, qui raconte l’Algérie avant, pendant et après l’indépendance, Aurélie Razimbaud tisse les liens subtils et poignants entre l’amour et l’abandon. Qu’il s’agisse des pays ou des êtres, comment aller dans le sens d’une réconciliation, comment panser les plaies, comment éviter qu’elles ne s’ouvrent ?

    L’indépendance d’un pays, les liens d’un homme, des histoires qui se croisent : un premier roman porté le souffle tiède de la Méditerranée, une mer-maîtresse en coups de théâtre.

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  • Le maître de la lumière - Jean-François Bazin -Comtois rends-toi ! Nenni ma foi... Voici une devise que n'aurait pas reniée Ulysse alias Samuel, le personnage principal du maître de la lumière de Jean-François Bazin ! En effet, le jeune homme, au pays de la Pipe (la ville de Saint-Claude, dans le Jura), fils d'un artisan de renom dans ce domaine qui fait la renommée de cette petite contrée, a décidé de vouer sa vie à une pierre d'exception : le diamant ! Nous allons le suivre, de son apprentissage à son départ pour Londres, où il va savoir se faire une place dans ce milieu très fermé des diamantaires et contribuer au renom de sa ville et de son Jura, qu'il affectionne particulièrement.

    Assez partagée sur ce livre. Mais, je ne voudrais pas que mon opinion vous dissuade de l'ouvrir. A vrai dire, j'ai appris énormément sur le diamant, sa taille et ses spécificités (nombre de facettes, couleurs et modèles...). Mais, tout cet apport technique, même s'il est explicité sans lourdeur aucune, nous perd un peu quelque fois. L'histoire de Samuel n'est pas inintéressante, mais j'aurai aimé un récit plus fluide, moins attaché à l'industrie artisanale du diamant, et plus vivant dans ses développements. Jean-François Bazin nous conte les événements au lieu de les faire vivre simplement devant nos yeux ! Un peu plus de dialogues, de spontanéité et moins de narration et le résultat m'aurait séduit sans réserve.

    Nous voilà bien, comme on dit chez nous !

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    4ième de couv : 

    Quand Saint-Claude était la capitale française du diamant.

    Contrariant les ambitions de son père, maître pipier à Saint-Claude, Ulysse Vuillard choisit d'apprendre le métier de tailleur de diamant. En cette fin de XIXe siècle, Saint-Claude est un centre de l'industrie diamantaire, en plein boom depuis la découverte des mines fabuleuses d'Afrique du Sud. En plus de faire son apprentissage, Ulysse prend des cours d'anglais. Aussi, c'est vers lui que se tournent des diamantaires de Saint-Claude quand ils s'avisent d'ouvrir à Londres un bureau de représentation. Son épouse l'accompagne : Julie de Belleroche, jurassienne de bonne naissance, indomptable de caractère, dont il est éperdument amoureux.

    Mais le démon de la taille ne le quitte pas. Ulysse ambitionne de créer un diamant dont le monde entier rêverait. Projet dévorant qu'il poursuit sans relâche, au risque de perdre ce qui vaut plus que la pierre la plus pure : la femme de sa vie...

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  • Dans certaines contrées reculées des Balkans, la société s’affranchit du genre sous certaines conditions : Une femme peut mener une vie d’homme et être considérée comme tel au prix du sacrifice de sa féminité. Les « vierges jurées » comme ils les appellent, bénéficient de privilèges masculins (travailler, détenir un fusil et s’en servir, intervenir dans les conflits et prendre part aux décisions, boire et jurer comme un charretier…) à condition de rester chastes et de gommer tout attribut féminin.


    Etre femme est une infirmité naturelle dont tout le monde s'accommode. Etre homme est une illusion de violence que tout justifie et privilégie. Etre tout simplement est un défi.

    Manushe est une de ces femmes et elle s’accommode très bien de toutes ces contraintes jusqu’au jour où débarque dans son village, un jeune homme intriguant du nom d’Adrian.

    Ne vous y trompez pas : ce livre n’est pas qu’une histoire d’amour ; c’est l’histoire d’un combat pour la liberté et la reconnaissance ; c’est un faisceau d’histoires qui s’entremêlent et nous fait prendre conscience de luttes, qui loin d’être d’un autre temps, nous ramènent à une réalité bien plus proche de nous que ce que les premières pages pourraient nous laisser croire.

    J’ai aimé cette lecture, un peu hors temps, hors champ au départ et qui petit à petit «se rapproche de nous», nous inclut dans son propos, telle une araignée nous piégeant dans sa toile. L’écriture d’Emmanuelle Favier est envoûtante et fluide. Elle nous accroche ! Sans conteste, une autrice dont je compte bien découvrir le nouvel opus : je ne laisserai pas passer Virginia. Soyez-en sûrs !

     

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    4ième de couv : 

    Elles ont fait le serment de renoncer à leur condition de femme. En contrepartie, elles ont acquis les droits que la tradition réserve depuis toujours aux hommes : travailler, posséder, décider. Manushe est l’une de ces « vierges jurées » : dans le village des Balkans où elle vit, elle est respectée par toute la communauté. Mais l’arrivée d’Adrian, un être au passé énigmatique et au regard fascinant, va brutalement la rappeler à sa féminité.
    Un premier roman sur la construction culturelle des êtres et l’oppression des communautés traditionnelles envers les femmes. Un questionnement sur la liberté des désirs et des comportements. Baignant dans un climat aussi concret que poétique, ce premier roman envoûtant et singulier d’Emmanuelle Favier a la force du mythe et l’impalpable ambiguïté du réel.

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  • La Fabrique de papier tue-mouches - Andrzej Bart -Andrzej Bart imagine dans la fabrique de papier tue-mouches le jugement posthume de Chaïm Rumkowski. Durant la seconde guerre mondiale, celui-ci s'est vu confier par les allemands la direction du Ghetto de Lodz. Jusqu'au jour où il a fallu décider qui envoyer dans les camps de la mort. Les enfants, les malades ? Les non-productifs ? Aurait-il dû refuser d'assumer cette sélection et laisser faire les bourreaux ou le fait de choisir parmi les siens, pouvait-il permettre de sauver ceux qui méritait de l'être ? Mais qui était-il pour en juger ?!

    "Vous avez bien voulu dire qu'ils ont de toute façon été assassinés, mais un peu plus tard (...). Cet "un peu plus tard", chère madame, c'est quand même de la vie. (...) C'est pourquoi je voudrais savoir si, pour vous, cela fait une différence de vivre un peu plus ou un peu moins longtemps."

    Là est toute la question. Bourreau ou Sauveur, les avis vont s'affronter et les sacrifiés vont les uns après les autres demander des comptes, relater, expliquer ou tout simplement être là...
    Au milieu de tout cela, l'auteur est mandaté, un peu comme un témoin, un porteur de mémoire ou tout simplement un vivant du futur à qui l'on permet d'assister à un procès d'un nouveau genre.

    Cette problématique est intrigante et porteuse de questionnements multiples : qui sommes-nous pour juger ? Nous qui avons l'avantage de savoir comment les événements ont tournés. Si le Ghetto n'avait pas été décimé et si quelques milliers avaient survécu, qu'aurait retenu l'Histoire et l'opinion publique de cet homme ? Quel est l'intérêt de ce procès posthume ? Un procès pour la mémoire ? la recherche de la vérité, de la culpabilité ?
    J'ai aimé tous ces développements, mais parfois l'auteur m'a perdue dans des brumes un peu trop fantasmagoriques à mon goût, où je n'arrivai plus bien à discerner où il voulait en venir. J'errai parfois dans ce récit comme le narrateur avec Dora dans cette ville, où les morts et les vivants ne se croisent...

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    4ème de couv :

    Ghetto de Łódź, 1939. Les autorités nazies placent à la tête du Conseil juif un ancien directeur d’orphelinat. Chaïm Rumkowski. Bientôt, il transforme le ghetto en un véritable complexe industriel, convaincu que la productivité des Juifs assurera leur survie.
    En 1942, les Nazis veulent déporter 20000 enfants. Rumkowski, dans le désir de sauver ce qui peut l’être, prononce son fameux discours Donnez-moi vos enfants.

    Un homme mystérieux demande à un écrivain polonais contemporain d’assister à un étrange procès, celui de Rumkowski, à Łódź.

    Entre réalité et fantasmagorie, entre histoire et fiction, La fabrique de papier tue-mouches pose la question de l’autorité, de la stratégie du moindre mal, et, avant tout, questionne le lecteur sur ses propres convictions. Un roman dérangeant, une interrogation sur la responsabilité historique : le pouvoir, dans des conditions extrêmes, peut-il se transformer en pouvoir absolu ?

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  • Ostwald - Thomas Flahaut -La centrale nucléaire de Fessenheim est en feu. Un réacteur nucléaire brûle et c'est toute la population qu'on évacue. Avalé ses cachets d'iode et suivre la marche forcée des camions qui dirigent tout le monde vers des lieux de rétention, voilà ce qu'il reste à faire ! Mais Noël et son frère Felix ne l'entendent pas ainsi...

    Comment faire pour échapper à cette mise en quarantaine ? Comment fuir et pour aller où ? Que restera-t-il de cette ville ? et que fera l'Etat de tous ces gens ? Les deux frères n'attendent pas de savoir le sort qui leur sera réservé. Ils fuient. Du mieux qu'ils peuvent. Croisant ça et là des êtres aussi paumés qu'eux, ils décident de se lancer à la recherche de la femme dont ils sont tous les deux amoureux, comme une dernière quête. La seule peut-être digne d'être vécue...

    Bienvenue dans ce no-mans land où plus rien n'est à perdre, car tout est déjà perdu :

    Sur la plateforme, la foule des danseurs, liquide, une mer prenant son élan avant la tempête. Mais derrière la frénésie, les lumières des projecteurs laissent entrevoir des mines déconfites, des yeux fatigués qui ne regardent plus rien d'autres que le vide noir. Des bouches silencieuses, scellées par le goulot des bouteilles de vodka et de gin. Laisser venir l'ivresse et dans la tristesse moite de la nuit un semblant de bonheur. Ici, on fête la fin de quelque chose qu'on n'a pas envie de voir. 

    Un premier roman avec de belles idées et de beaux passages, qui reste prometteur, malgré quelques longueurs...

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    4ème de couv :

    " La secousse que j'ai ressentie la nuit dernière était un tremblement de terre. Les animations commentées par le présentateur du journal le montrent. Un point rose palpite sous la terre. De ce point partent des ondes roses qui font vaciller un cube gris posé à la surface, désigné par une flèche, et légendé. Centrale nucléaire de Fessenheim. "

    Évacués avec le reste de la population, Noël et son frère, Félix, se retrouvent dans un camp improvisé en pleine forêt, la forêt où ils se promenaient, enfants, avec leur père. C'était avant la fermeture de l'usine où celui-ci travaillait, avant le divorce des parents, et l'éclatement de la famille.

    Cette catastrophe marque, pour eux, le début d'une errance dans un paysage dévasté. Ils traversent l'Alsace déserte dans laquelle subsistent de rares présences, des clochards égarés, une horde de singes échappés d'un zoo, un homme qui délire...

    Ostwald est le récit de leur voyage, mais aussi du délitement des liens sociaux, et peut-être d'une certaine culture ouvrière. C'est la fin d'un modèle qui n'ayant plus de raison d'être ne peut être transmis : confrontés aux fantômes du passé, les deux frères doivent s'inventer un avenir. Peut-être est-ce la morale de ce roman en forme de fable.

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