• La mort de Santini : L'histoire d'un père et de son fils - Pat Conroy -J’ai fini hier soir ce si beau livre. Très émue après l’avoir refermé, par l’éloge funèbre de Pat Conroy, pour son père martyrisant, égoïste à l’extrême, enfin, un père comme personne ne souhaiterait en avoir et que tout fils – ou fille – sensé fuirait comme la peste et laisserait à ses turpitudes, dès son indépendance gagnée. Mais pas Pat Conroy !

     Le récit qu’il fait de son enfance, sacrifiée, de ses relations familiales et de tous les excès de violence de son si célèbre père – Colonel des marines, aviateur multi-décoré, héros de trois guerres qui ont secouées l’Amérique – est captivant.

    Je ne pouvais pas supporter l'idée d'avoir écrit un roman de cinq cents pages seulement parce que j'avais besoin d'aimer mon père. Il ne m'était jamais venu à l'esprit que j'étais né avec un besoin d'aimer mon père. Que mon père puisse un jour faire en sorte de m'aimer me paraissait le fantasme le plus fou.

    Et pourtant… Je suis restée bien souvent interloquée, incrédule, devant sa capacité à « pardonner », a toujours aimé ce père qui a mené à la dépression – voire à la folie – la majorité de ses enfants.
    Je ne sais si c’est par faiblesse ou par grandeur d’âme qu’il ne rejette pas son géniteur. Sans doute, faut-il l’avoir vécu pour savoir quelle serait notre réaction : fuite et rejet, à l’image de Carol Anne, la sœur poète de Pat, qui « crache » tout ce qu’elle peut,
    au point d’en devenir folle, sur cette famille toxique et ses bourreaux – père et mère confondus, sans oublier Pat, fidèle défenseur d’une mère qu’elle exècre – , suicide comme Tom le dernier de la fratrie ou pardon et réconciliation comme le reste des sept enfants ? 

    La mort de Santini : L'histoire d'un père et de son fils - Pat Conroy -Je n’ai pu m’empêcher de me poser cette question, mais cela n’enlève rien – au contraire – à l’intérêt et à la découverte de ce livre et de cet auteur. C’est un récit personnel  – l’histoire aurait été tout autre racontée par Carol Ann, notamment quant à la figure maternelle, que Pat met sur un piédestal, là où on devine que la réalité était bien souvent tout autre… Mais ce n'est pas seulement cela : l’auteur nous donne une vision forte et juste « du sud », de la ségrégation et des combats menés pour en sortir, de ce racisme et de cette violence latente qui explique pour beaucoup les traits de caractère de ses parents, même si cela n’excuse rien.

    Nous nous étions retrouvées au sein d'une famille dans laquelle personne ne nous avait montré comment aimer. Pour nous, l'amour était un cercle et un labyrinthe dont tous les passages et les culs-de-sacs étaient gardés par des monstres, créés par nous mêmes.

    J’ai aimé aussi, suivre au fil du récit, l’écriture et la sortie des livres de Pat Conroy, découvert avec ce livre, l’impact sur sa famille, sa ville et cet incroyable revirement que fut le tournage du film « Le Grand Santini » !

    Est-ce là un des nombreux pouvoirs de la création artistique, de l’art ?

    La mort de Santini : L'histoire d'un père et de son fils - Pat Conroy -

    En tout cas, ce fut un beau moment passé en compagnie de cette famille plus que déjantée et une belle découverte littéraire que je poursuivrai avec « le prince des marées » qui va venir grossir ma PAL.

    Un grand merci à Babelio et aux éditions du Nouveau Pont pour l’envoi de ce livre.

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  • Scintillation - John Burnside -

    J'ai l'air triste à présent, je le sens, je sens de quelle façon il perçoit mon air, et il est triste, sans doute effrayé, l'air de quelqu'un qui s'embarque dans ce qui semble une grande aventure et, soudain, prend peur. Comme un gamin qui monte pour la première fois dans les montagnes russes et se rend compte, trop tard, qu'il a le vertige. Mais ce qu'il y a de curieux, c'est que je ne suis pas triste du tout, je n'ai pas peur, je suis simplement retombé trop brutalement dans le cours du temps, au sortir de la fixité magnifique d'avant. Je suis revenu trop brusquement et, pendant quelques secondes, je suis tellement déçu que j'ai envie de pleurer.

     

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  • Randall - Si vous avez honte de ce qu'il a peint, c'est pas de chance. Acceptez cette honte. Cela pourrait bien faire de vous une meilleure personne. Certainement, dans cent ans, quand ces tableaux seront accrochés au mur de ce qu'on appellera des maisons dans ce qui restera de ce putain de monde, et que nous serons tous, si Dieu le veut, devenus poussière, alors personne ne pensera le moindre mal de vous sous prétexte que vous figurez dessus. Dans le grand dessein universel, être une note de bas de page de cette histoire-là est plus que ce que nous méritons.

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  • Au début je ne dis rien. Il me traite peut-être un peu trop comme un mioche, mais ça m’est égal. Plus tard, je lui ferai comprendre que je lis des livres, tout ça, et qu’il peut me parler normalement. Du reste, pour le moment, ça me plaît d’être traité comme un gamin. Je passe le plus clair de mon temps à préparer les repas de mon père, ou ses médicaments, à faire des trucs dans la maison, des courses. C’est marrant d’être un gamin pendant un moment, alors je joue le jeu, juste un peu.

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  • Les progrès de l'industrie perfectionnée : Luxe, arts décoratifs et innovation de la Révolution française au Premier Empire retranscrit les interventions d’un colloque qui s’est tenu il y a tout juste 3 ans. Le but était de présenter une vision technique et pragmatique de cette grande question, peu étudiée jusqu'alors, sans laisser de côté les enjeux sociaux et politiques.

    La France d’avant la révolution faisait la part belle aux arts et artisanats de luxe. Rien n’était trop beau pour les monarques et seigneurs. Même aux portes de la banqueroute, l’apparence régnait en maître.

    La révolution, dans un premier temps, rejeta ce qui était vu comme des attributs de privilèges, inutiles et non essentiels. Les efforts se tournaient plus vers les besoins premiers du peuple.

    Seulement, très vite, l’État s’est aperçu que ces arts et cette culture du luxe donnaient à la France un rayonnement et une puissance économique autant que politique, qu’il ne pouvait se permettre de négliger. D’autant plus que l’Angleterre ne tarda pas à prendre la place laissée pendant la révolution : techniques de pointe, premiers pas de l’industrialisation, disponibilité de matières premières grâce aux colonies… La France entreprit alors de soutenir et de remettre à flots les entreprises du luxe, ravies de cette aubaine, mais pas prêtes pour autant à sacrifier la qualité de leurs produits. L’enjeu va être de concilier les intérêts d’État – réussir à adapter les modes de production à une volonté d’industrialisation naissante et permettre au plus grand nombre d’avoir accès à ce luxe (ne rêvons pas : les valeurs à l’achat laissent de côté les trois quarts du peuple !) – et ceux des entreprises dont le seul but est le profit et la préservation de leurs savoir-faire.

    Voilà pour l’idée principale, déclinée, chapitre après chapitre, avec des exemples concrets :

    Les progrès de l'industrie perfectionnée - Collectif -

    – le mobilier de campagne de Napoléon 1er
    – l'horlogerie parisienne
    – le travail du bronze et des maîtres de forge
    – le développement des filatures mécaniques– les bouleversements vécus par l'industrie de la céramique
    – ...

    Il m’aura manqué une aisance en anglais pour bien apprécier trois des entrées de ce livre. Mais pour l’essentiel, je l’ai trouvé intéressant, même si certains chapitres ont retenu plus vivement mon attention, celui sur les papiers peints notamment.

    Merci à Babelio et ses masses critiques pour cet envoi ainsi qu’aux Presses Universitaires du Midi.

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    4ième de couv :

    A la charnière entre les XVIIIe et XIXe siècles, entre la réunion des États généraux et la fin du Premier Empire, vingt-cinq ans s'écoulent pendant lesquels bouleversements politiques, économiques, sociaux et culturels créent un contexte d'instabilité pour le secteur du luxe et du demi-luxe français. Les ateliers et les manufactures sont confrontés à des conditions matérielles et organisationnelles difficiles. Le manque de matières premières, la détérioration des finances et la diminution du personnel en raison du départ des jeunes hommes aux armées ont un impact négatif sur la production artisanale. L'incertitude générale que représente cette période d'instabilité politique et de conflits armés n'empêche pourtant pas l'émergence de modes. De nouveaux marchés s'ouvrent et offrent de riches opportunités aux artistes et artisans pour diversifier et élargir leurs créations. Souvent considérée comme un temps de rupture, en particulier dans le domaine du luxe dont elle remet en cause les fondements, la Révolution française apparaît au contraire comme le ferment d'une évolution vers l'innovation et l'industrialisation. Pluridisciplinaire, croisant l'histoire de l'art, l'histoire sociale, l'histoire économique, l'histoire culturelle et l'histoire des techniques, le présent ouvrage explore les conditions du changement et offre une approche plurielle des arts du décor.

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