• ...et que tu passes ton temps à rêvasser sur ce que tu vas bien pouvoir écrire. Et puis, va savoir pourquoi, la seule chose qui t'apparait comme évidente, c'est le prénom d'un de tes perso.
    Et bien, cela donne cela :

    Rassure-moi : Tu plaisantes, j’espère ?
    - Bah, non.
    - Attends, ça ne va pas être possible, là !
    - Je crois bien que si.
    - Non mais, tu ne peux pas m’appeler Kévin !
    - Et pourquoi pas ?
    - Parce que Kévin, c’est un nom de looser ! Et qu’il est hors de question que je porte ce prénom de minable.
    - Moi, j’aime bien…
    - Je ne sais pas si tu sais, mais c’est scientifiquement prouvé. Y a des chercheurs, qui ont sorti des thèses là-dessus, des années de recherche et des litres de sueur en soutenance, pour affirmer à la face du monde que si tu t’appelles Kévin, c’est mal barré pour toi. Si tu le savais, pas, là ! J’te le dis : les Kévin sont ceux qui réussissent le moins bien dans la vie, ceux qui n’arrivent jamais à avoir leur bac et ceux qui galèrent pour trouver un job à cause de leur prénom de merde, parce que leurs ménagères de moins de cinquante balais de mères, bouffaient des séries TV américaines toute la journée ! Si tu vois ce que je veux dire…
    - Vous commencez un peu à me gonfler avec vos allusions à la con ! Moi, Kévin, j’aime bien ! Et à ce que je sache, c’est quand même un peu à moi de décider, non ?
    - Attends, cela va pas être bon, ton truc ! Si tu commences à nous affubler de prénoms à la con.
    - Mais qui te dit que tu seras à l’affiche ! Je ne sais déjà pas ce que je vais écrire, alors, ce que tu vas venir faire dans cette NaNo galère, j’en sais fichtre rien… Tu peux peut-être mourir demain, ou être remplacer par une jolie blondinette à gros poumons dans une heure ou deux, alors ne commence pas à me chatouiller, tu veux bien…
    - T’es une fille chiante, Liza. Tu sais, cela…
    - Kévin, tais-toi, j’arrive pas à écrire.
    - Si c’est pour aligner ce ramassis de conneries, c’est pas un mal.
    - Kévin, qu’est-ce que je viens de te dire ? T’existe pas encore, alors commence pas !
    - Rien à foutre ! Faut que tu y réfléchisses. C’est sérieux. Je ne plaisante pas.
    - Mais moi non plus, figure-toi !
    - Laisse tomber ce prénom à la con ! C’est pas compliqué de trouver mieux. Je peux t’aider si tu veux…
    - Kévin, tu sais quoi ?
    - Oui, je sais ! Mais tu peux pas ME faire ça !
    - Kévin ?
    - Quoi ?
    - Kiss me please… Et ferme ta gueule !
     
     

    Alors tu te dis, que tout cela attendra bien le 1er novembre !

    Partager via Gmail

    8 commentaires
  •  Que ton cœur batte à nouveau

    Dans nos poitrines secouées de sanglots

    Pour nous réchauffer toutes les deux

     

    Que tes mains se posent encore

    Sur nos fronts fiévreux d'enfants

    Devenus grands depuis longtemps

     

    Que ta voix nous réveille comme avant

    Quand toutes engourdies de nos rêves de gosses

    Tu nous berçais pour effacer nos bosses

     

    Que tes bras ne nous abandonnent pas

    qu'ils enserrent pour toujours nos vies

    laissées en partance sur la voie

     

    Que tes yeux délavés qui coulaient pour un rien

    illuminent à jamais celle que tu rencontreras enfin

     pour la première fois là-bas tout près de toi Mama

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  •  

    On pourrait reprocher à la fin de l'homme rouge de n'être qu'un catalogue de témoignages.
    On pourrait reprocher à Svetlana Alexievitch son effacement, et sa non-interprétation des faits.
    Mais ce serait passer à côté du dessein de l'auteure : Donner la parole aux «sans-voix», recueillir les témoignages des hommes et des femmes qui ont vécu sous le régime soviétique, ont assisté à sa chute et vu l'émergence d'un capitalisme froid et sans limite.
    Recueillir la parole avant qu'elle s'éteigne, qu'elle ne soit plus audible, compréhensible. A charge aux historiens futurs d'en faire matière à interprétation.

     

    Une suite donc de témoignages qui donne à ce livre un rythme envoutant, jusqu'à l'écœurement parfois. On voudrait le laisser et il nous happe ! Partagée que nous sommes entre des sentiments contraires : Tout n'est qu'une question de point de vue. La Vérité, l'Unique, n'existe pas ! Il y a celle des "homo sovieticus" (victimes ou bourreaux, parfois même les deux), celle des nouvelles générations enivrées par le consumérisme (riches ou pauvres, élus ou exclus) et celle des réfractaires qui cultivent le souvenir d'un esprit soviétique. Mirage identitaire.

    Certains conflits sont proches de nous et encore actuels (les tensions au Caucase entre les différentes ethnies, la situation des émigrés qui ont fuit les conflits pour la Russie...), ce qui n'en rend ce livre que plus intéressant, poignant, voire même inquiétant.

    Une lecture dont on ne sort pas indemne, qui laisse le sentiment que l'histoire sera amenée à se répéter, si les gouvernements, sous couvert de la mondialisation, continuent d'ignorer ou d'orchestrer les crises identitaires des peuples.

    Une chose aussi frappe les esprits, c'est le sort des femmes et des enfants. Victimes tout autant du régime soviétique que les hommes, les femmes subissent de plein fouet la violence des hommes, portent souvent à bout de bras un mari, un père, un frère blessés, traumatisés par la guerre et les enfants qui, bien souvent, ne connaissent que la violence et la peur. Ce qui ne veut pas dire que l'amour n'est pas présent, au contraire, il est dans chaque témoignage, dans chaque aspiration, même dans les pires situations.

    Dans les cuisines soviétiques, on parle de violence, de faim, de mort, on boit à outrance, passionnément, désespérément, on rit et on pleure, mais on finit toujours par parler d'amour...

    ¤ ¤ ¤

     Entretien réalisé par Dominique Conil et Lorraine Kihl pour Mediapart :

    Svetlana Alexievitch , La fin de l'homme rouge (1) : "La grande masse des gens s'est réveillée un beau jour, dans un pays inconnu. Ils ne savaient pas comment y vivre ! (...) On ne savait rien de l'économie, du monde extérieur, On était juste là, dans nos cuisines, en train de lire."

     Svetlana Alexievitch (2): les femmes, la Biélorussie... : "A l'école, on lui avait demandé de lire l'Archipel du Goulag, elle avait ouvert le livre et avait trouvé que c'était un gros livre ennuyeux et c'est seulement plus tard, quand elle est sortie de prison, qu'elle a compris de quoi il parlait..."

    ¤ ¤ ¤

    La fin de l'homme rouge : Ou le temps du désenchantement - Svetlana Alexievitch -

    4ième de couv

     

    Depuis Les Cercueils de zinc et La Supplication, Svetlana Alexievitch est la seule à garder vivante la mémoire de cette tragédie qu’a été l’URSS, la seule à écrire la petite histoire d’une grande utopie. Mais elle est avant tout un écrivain, un grand écrivain. Pour ce magnifique requiem, elle invente une forme littéraire polyphonique singulière, qui fait résonner les voix de centaines de témoins brisés.

    Partager via Gmail Pin It

    3 commentaires
  • Le royaume - Emmanuel Carrère -Dernière page de ce livre refermée, le premier pour moi d'Emmanuel Carrère. Au moment de livrer ma critique, je mesure le fait que je vais sûrement réitérer un avis partagé par bon nombre de lecteurs avant moi : L'érudition, le sérieux du travail de recherche qui sous-tendent tout l'ouvrage, ce côté autobiographique entre confession et provocation, l'honnêteté intellectuelle de l'auteur..., sa mise en avant de son vécu de chrétien qu'il assume comme une étape de sa vie qui l'a construit et mené à ce qu'il est aujourd'hui, à ce « Royaume » également que je tenais encore à l'instant dans mes mains.

     Si je ne devais pas redire toutes ces choses, je ne dirais que cela : Je ne me suis pas ennuyée une seconde dans la lecture de cet ouvrage. J'ai appris beaucoup de choses sans sentir le poids de l'érudition d'un auteur qui se mettrait dans la peau du professeur sensé nous faire la leçon. J'ai aimé avoir cette impression qu'Emmanuel Carrère me livre ses recherches, ses tâtonnements, ses doutes comme si j'assistais au développement de ce récit, à sa genèse. Il m'informe, comme en aparté, de ce qui est convenu et admis dans les milieux autorisés à le faire et de ce qui ne l'est pas car tout droit sorti de son imagination. L'imagination pour habiller l'ignorance des évènements, des sentiments, car la fiction est plus belle et souvent pas moins vraie que la réalité, parce qu'il aime à penser que les choses se soient déroulées ainsi.

     Certes le royaume est un phénomène littéraire (ce n'est pas moi qui le dit et personnellement c'est une étiquette qui me fait plus fuir que rappliquer) mais je l'ai lu avant tout comme une œuvre singulière, celle d'une conscience athée emprunte d'une si belle spiritualité.

    ¤ ¤ ¤

    Le royaume - Emmanuel Carrère -

    4ième de couv

     

    A un moment de ma vie, j'ai été chrétien. Cela a duré trois ans, c'est passé.

    Affaire classée alors? Il faut qu'elle ne le soit pas tout à fait pour que, vingt ans plus tard, j'aie éprouvé le besoin d'y revenir.

    Ces chemins du Nouveau Testament que j'ai autrefois parcourus en croyant, je les parcours aujourd'hui - en romancier? en historien?

    Disons en enquêteur.

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  • "Ce livre que j’achève là, je l’ai écrit de bonne foi, mais ce qu’il tente d’approcher est tellement plus grand que moi que cette bonne foi, je le sais, est dérisoire. Je l’ai écrit encombré de ce que je suis : un intelligent, un riche, un homme d’en haut : autant de handicaps pour entrer dans le Royaume. Quand même, j’ai essayé. Et ce que je me demande, au moment de le quitter, c’est s’il trahit le jeune homme que j’ai été, et le Seigneur auquel il a cru, ou s’il leur est resté, à sa façon, fidèle.

    Je ne sais pas."

    Partager via Gmail

    votre commentaire