• Comment vous parlez de ce recueil ? C’est un foisonnement de tout ! De thèmes, de styles, de lieux, d’époques..., dans lequel il faut se laisser guider, se laisser doucement prendre par la main et avancer avec l’auteure au gré de ses traversées d’océan, de ses élans de vie et ses différents âges. On accoste aux abords de l’enfance et son innocence, on fait le pari de l’exil comme promesse de tous les possibles, et on retarde à chaque minute, le jour du retour et son lot de dépits et de déceptions, pour finir par échouer sur cette mortelle engeance - entre révolte et acceptation mêlées - parce qu’il n’est ici plus question de choix, d’envol ou de fuite en avant...

    Ananda Devi a emmené dans son exil son île, celle rêvée, aimée, chérie, cette terre insulaire au chaud tout ce temps, dans sa tête et son corps. Elle retrouve une île Maurice en souffrance, d’une beauté sauvage, âpre et exsangue qui s’accroche et lutte.

     L’une et l’autre se mélangent et se confondent pour nous livrer une vérité au goût amer.

     

    « oublie, oublie, oublie, l'autre versant du miroir.

    (…)

    regarde-toi en face, ne te détourne pas. Laisse tomber ces tissus qui te mensongent. Nue, tu es.

    (…)

    Les illuminées mystiques et stoïques prennent la fuite. Laisse les partir, ne les poursuis.

    Regarde

    Regarde ton ciel qui te rêve. Regarde la coulée de lave brune de ton dernier soleil.

     

    Et vis. »

     

    Il y a dans ce recueil, traces de tristesses et regrets éphémères, nés d’un trop plein de lucidité qui assaille soudain. Vous savez, cette lucidité qu’on souhaiterait tous avoir, bien que nous ne mettons rien en œuvre, ou si peu, pour y parvenir. Cette lucidité qui fait mal et naît, quand nous posons les gants et les oeillères et prenons le temps de regarder derrière nous, ce et ceux que nous avons laissés, oubliés, rayés. Pour mieux avancer.

     

    « Recentrée en moi-même, je vois les ruines d'hier et les tombes de demain. Je puise l'espoir dans l'autre réalité, celle qui ne se connaît pas de combats inutiles. Je suis de passage et la maritime angoisse de vivre et de mourir ne sont que tristesses passagères. En planant au dessus de moi-même, je me vois, marionnette, poupée ou girouette, et je joue paresseusement avec les fils de mes vies. Pincement au coeur, larme incongrue, rire inopiné, tout cela est bien infime. Quelque part, une chose plus grande que moi m'écoute et me méprise. »

     

    Que reste-t-il pour livrer combat ? Comment échapper à « ces chemins de soumission et de complaisance [qui] sont en vérité la plus grave des trahisons » ?

    Ici, pas de traversée du miroir : « Nous avons besoin de nos failles parce que vivre est une dérobade », orchestrée par le long désir qui anime Ananda Devi, comme il nous anime tous, en courant tout le long de notre échine, entre nos reins et nos deux hémisphères.

    Et ce qui relie tout cela, tout ce désir toujours renaissant comme un phénix surgissant de ses cendres à ce bouillonnement de vie et de mort incessant, c’est l’écriture !

     

     

    Parce que nous ne pouvons plus refaire « le chemin à l’envers », parce que les choses, les gens évoluent aussi, l’acte d’écrire permet de se ré-approprier tous ces lambeaux de vie : la notre et celle des autres, pour les rassembler au sein d’une même histoire.

     

    « Écrire est un lieu. Une fois la porte ouverte, on n'a de cesse d'y revenir. Le reste n'a aucune importance. Écrire est un travail à contre-courant de soi-même, de ses propres failles, de sa propre paresse. »

    « Les mots, seule terre dans le silence de l'écrit. (...) Le miracle des mots est que, dans leurs pliures réfractées, tout est beau : le sombre et le sordide . »

     

    Et quelle liberté alors ! Si je veux écrire pour dire tout, ne rien dire ou dire autre ? Je peux. Glisser sous ma plume mes «comme si », user et abuser du mot chéri et bannir tous ceux haïs ? Je le peux aussi.

     

     « On fait acte de phrases, pacte de mots. Une histoire tournée court s'ourle autour d'un point final qui débouche sur une débauche de rêves de gloire. Tout cela finit par aboutir à la musique en demi-teinte d'un seul Lecteur séduit. Et cela suffit. »

     

    Vaste fumisterie !

     

    « Vous n'avez pas encore compris la futilité d'un tel acte. Vous qui portez la plume aux mots, la salive au désir, le ventre au cercueil, la ruine à l'orgueil, vous serez les prochaines épaves. »

     

    Alors, je me précipite en arrière et regarde à nouveau dans mes rétros imaginaires :

    « ce temps que tu décomptes, lancé à rebours, tu l'ouvres comme un livre jusqu'à sa première page, et là tu le vois : il n'y avait rien d'écrit. »

     ¤ ¤ ¤

    Portrait d'Ananda Devi

     

     

    ¤ ¤ ¤

    Le long désir - Ananda Devi -

    4ième de couv

     

    « N'oubliez pas mon île. Fétu de canne au duvet rose, vêtue de sucre et de jasmin, n'oubliez pas son visage d'enfant puni derrière les esprits clos, ses mains meurtries au bris du jour. Ses pieds coincés dans les failles de son passé. »

    « Tu es une effraction dans l'absence de mes nuits. Approche. Tends ton envie. Que je l'enroule autour de mes lèvres en un jus amer et putrescible. Tes yeux me songent et m'évertuent, me dégringolent d'impatience. Au bout, chute, cassure, fractures et contusions, hématomes comblés de nos corps, je m'en fous. je suis celle que tu rouages.

    « Les serments se délitent. C'est l'instant du froid martyr. Toi tu ne l'entends pas. je suis écarquillée de désirs. Perçois-tu autre chose ? »

    Ainsi Ananda Devi nous raconte-t-elle une histoire sensuelle, obsédante, cruelle : celle d'un lieu et d'un corps.

     

     Photo extraite du site du Lycée La Bourdonnais, Île Maurice : Rencontre avec Ananda Devi au LLB 

    Extrait :

    "Lire un roman d’Ananda Devi c’est accepter de courir le risque d’un voyage douloureux dans la noirceur de l’humanité, mais c'est aussi se laisser bercer par le bonheur des mots et en sortir plus riche et plus fort."

    Partager via Gmail Pin It

    2 commentaires
  •  "Un plan lecture" est le recueil de textes écrits par Hélène Gerster lors de sa résidence au CipM durant trois mois en 2010, sur deux périodes de six semaines. La première, vouée à la lecture, individuelle ou publique, et la seconde à l'écriture. Mais toutes avec comme toile de fond, Marseille (ses rues, ses gens, ses lieux...), les auteurs, leurs interactions et cette fameuse carte à construire, déconstruire, imaginée, rêvée :

     

    « Cartographier un chemin dans les textes, essayer de faire dessin du mouvement de la lecture, lui donner une forme. »

    Pour un(e) artiste, s'inscrire dans la démarche de bénéficier d'une résidence d'artiste n'a rien d'anodin.

    « Une résidence, c'est offrir un espace, une fenêtre, c'est faire confiance. »

    Elle peut être sans attente et objectif précis : un pur mécénat, qui ne court plus beaucoup les rues, ou être assortie de « finalités ». Elle peut lui être proposée au vu de la qualité et de la spécificité de son travail de création, et là, c'est la situation la plus enviable, car il y a derrière, un désir et une reconnaissance, ou c'est l'artiste lui-même qui est allé au devant : ce qui veut dire sélectionner les différents appels d'offre, élaborer les grandes lignes d'un projet en accord avec ce qui est souhaité, montrer patte blanche (CV, « book », lettre d'intention… et oui, même les artistes n'y coupent pas !), passer les premières sélections et espérer être l'élu(e). Tout en gardant en tête de préserver sa liberté de création...

    C'est souvent succéder à un autre, poser ses marques dans un lieu où les pas de cet autre ont résonné la veille en s'en dissociant, investir un espace en espérant y laisser traces et dans un temps défini bien souvent trop court, s'abreuver de rencontres, d'images, de découvertes, entrecoupées de solitude et de silence, où il faut digérer tout cela, modeler, façonner toute cette matière à création pour accoucher d'un mentir-vrai à la justesse de notre vécu, du lieu, des gens, et de toutes leurs attentes. Dans l'urgence...

    « elle s'installe, prend des mesures
    mesure le temps qui va se dérouler,
    qui reste : un instant. »

     

    C'est une euphorie et parfois un désespoir. C'est une adrénaline et un moteur terrible ou une angoisse à faire blêmir, quand l'alchimie ne prend pas.

    « Des circulations se mettent en place, chercher de nouveaux chemins ou reprendre des sentiers déjà connus ? »

    Mais quand l'alchimie se crée, quand on a la certitude d'être là où il faut être, au moment précis où cela doit être :

    « La ville s'offre, les rues se donnent, de sorte que très vite les espaces inconnus prennent vie, de sorte qu'en réalité ce qu'on fait quand on marche dans une ville c'est penser, et on pense de telle façon que nos réflexions composent un parcours, parcours qui n'est ni plus ni moins que les pas accomplis si bien qu'à la fin on pourrait sans risque affirmer avoir voyagé et, on pourrait sans risque affirmer : il s'agit bien d'un voyage, on pourrait sans risque affirmer avoir été quelque part, même si on ne sait pas où.
    (...)
    Sentir le plaisir d'aller entre les lignes.
    Sans sentir le besoin d'arriver. »

     

    Et cela donne "Un plan lecture" qui contient bien plus que les quelques pages qui le composent. Ce que nous livre Hélène Gerster, c'est une invitation à penser, rêver, déambuler à l'intérieur des pages lues ou encore inconnues, survoler et superposer toutes ces lignes, et s'essayer à construire sa propre carte, pour ne pas laisser s'enfuir tous nos imperceptibles, et revisiter à l'infini toutes nos villes...

    «Marcher est strictement équivalent à lire même si ces deux activités sont imaginées ; le paysage de la mémoire devient alors un texte aussi construit que les récits inscrits dans les jardins, les labyrinthes ou les chemins de traverse. Il est des promenades qui ressemblent à des livres, l'inverse existe aussi. »

    La marche et son pouvoir de création. La marche comme cette parenthèse du temps où l'esprit « se dégourdit les jambes », où la flânerie s'intériorise si intensément, qu'on en arrive parfois à ne plus savoir où se trouve là le chemin, là le point d'arrivée.

    Lisez-le, comme on lirait des bribes de réflexion accompagnant un parcours au détours des rues et des mots, comme on utiliserait un plan, pas comme une fin en soi, mais comme un guide dont on se sert pour (re)trouver son chemin, une béquille qui nous stabilise et nous aide à marcher...

    Et tant pis si cela n'a rien à voir, mais j'ai aimé tellement découvrir ce qui suit, au milieu d'autres bribes, comme une césure essentielle, que je ne peux que vous le livrez, sans transition, comme un saut du coq à l'âne...

    « Des mineurs chiliens sont au fond d'un trou, d'un trou à rats. Et la terre entière le fixe. »

    Et si vous lisez le plan, vous en apprécierez la seconde, tout aussi essentielle...

     

    Un plan lecture - Hélène Gerster -

    4ième de couv (ou équivalent)

     

     Une résidence de trois mois. Scindée en deux pour des raisons logistiques extérieures au projet. Utilisation du contexte, tentative d’optimisation de contraintes. Deux temps de 6 semaines.

    Le premier, estival, consacré essentiellement à la lecture. En point de départ des textes apportés, des sujets déjà abordés. Comme ligne d’horizon une ville, une bibliothèque et des déambulations. Pour ne pas perdre le fil, pour tenter de prolonger la mémoire de ces journées : une carte. Une carte qui transcrit comment un texte conduit à un livre puis à un autre. Une carte qui lie des auteurs qui se lisent dans d’autres. Une carte qui reste une abstraction car il lui manque ce qui caractérise le territoire : son mouvement perpétuel. Une carte qui se fait en même temps qu’elle se déforme. Une carte qui se déroule à travers un temps.

    Le second temps, automnal, a été consacré à une (re)lecture de cette carte, à la rédaction d’« un plan lecture ». Un texte écrit sur place.

     

    Photos extraites du site de l'auteure Hélène Gerster, auteure plasticienne et du cipM Fiche auteur d'Hélène Gerster

     

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  •  

    Mille grues de papier - Chantal Dupuy-Dunier -Ouvrir un recueil de poésies. Être nez à nez avec ça :

     « Sadako Sasaki, fillette leucémique irradiée à Hiroshima, tenta de plier 1000 grues de papier pour que, selon le proverbe, son voeu : "continuer à vivre" se réalise. Avant de mourir, sans dévier de son but, elle parvint à réaliser 644 de ces oiseaux hautement symboliques au Japon.

     Ce sont les enfants de sa classe qui confectionnèrent les origamis manquants afin de parvenir jusqu'à mille.

    A l'image de Sadako, j'ai « plié » 644 poèmes.

    Comme elle, je me suis arrêtée à ce chiffre afin de marquer l'impossibilité dans laquelle se trouve l'homme d'aller jusqu'au bout de ses projets, l'écrivain d'achever son œuvre. »

     

    Ne plus décoller les yeux des lignes, des blancs, des pleins et des points. Retenir son souffle. Accélérez la lecture pour faire naître les résonances dans notre oreille. Posez le rythme. Ralentir.

     

    Soufflez entre deux mots. Entre deux vers. Faire naître en nous les images et les graver dans notre esprit. Visualiser ces mille grues de papier, ces mille grues rêvées. Sadako et ses petits doigts blancs, fébriles face au décompte, déterminés face au projet. Vœu de vie.

     

    J'aimerai vous parler de Louis provençal aux galéjades à la Raimu, du nodule qui ronge l'espoir autant que le corps, des belles images de la mère, de sa solitude, du père « avant », des odeurs et des chants du pays et de cette armoire reléguée au couloir, esseulée elle aussi... des grues dans la ville, des oiseaux bengalis, du soleil rouge, de la neige d'origami et des talons aiguilles sur les heures du trottoir...

    644 grues orphelines.

    Mais je ne vous dirais qu'une seule chose.

    Ouvrez « mille grues de papier » ! Ouvrez-le !

     

    Mille grues de papier - Chantal Dupuy-Dunier -

    ¤ ¤ ¤

    Mille grues de papier - Chantal Dupuy-Dunier -

    4ième de couv

     

    Née en Arles en 1949, lauréate du prix Artaud, Chantal Dupuy-Dunier est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages, publiés notamment à la Bartavelle et aux éditions Voix d'encre. La collection Poésie/Flammarion a accueilli en 2009 son précédent recueil : Ephéméride.

    Il pleut,
    magie à laquelle nul ne s'attarde.

    Rien ne se crée,
    pas même la goutte d'eau,
    inlassable,
    traçant le même texte depuis des millénaires.

    "Il pleut des hommes."

    C'est sous les pieds des morts
    qu'elle est la plus limpide.

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  •  

    Je viens de tourner la dernière page. "Table des bouchers" de Fabienne Courtade ne sera pas aisé pour moi à partager, car c'est un recueil qui m'a beaucoup touchée.

    L'auteure nous parle du deuil, de la séparation brutale d'avec l'être aimé, du manque de l'autre et aussi de la colère. Colère face à l'abandon, au destin. le sang, la rancœur, la solitude sont présents et forts, l'image du corps perdu également dans la crudité des mots qui accompagnent la réalité d'un corps mort. C'est parfois dérangeant. Les images sont violentes (pas choquantes, car vraies, malheureusement, vraies).

    La peur est palpable. C'est une femme traquée qui surgit parfois : Traquée par la douleur, par toutes ces images qui sautent aux yeux et qui font mal.

    "Je traverse
    son
    cœur
    dans la grande salle

     

    je ne parle pas
    parce que je suis tombée
    plus bas

    je recule

    les animaux ont encore avancé

     

    je les vois
    marche de long en large
    tourne dans
    la cage derrière tes barbelés

     

    il n'y a pas de fenêtre"

     

    A la lecture, les bribes de sens s'assemblent suivant notre vécu et nos sentiments. Ce que je m'approprie personnellement comme faisant sens ne le sera peut être pas pour vous mais les émotions seront partagées et c'est je pense, ce qui fait également la force de ce recueil.

    "Une lettre
    Un papier
    De lui

     

    A tenir
    Serré
    Agenouillé
    Fermé

     

    De là-bas il agrandit le lieu

     

    N'épargne rien"

    "De là-bas il agrandit le lieu" : celui du deuil, de l'absence, du souvenir...

    "Il y a des ruptures des syncopes
    je verse de l'eau sur les souvenirs

     

    Je fais un grand feu de tout : images
    Larmes

     

    de toi

     

    je n'ai plus peur je suis au fond

     

    J'envoie tes cendres se battre seules

    avec d'autres cendres"

    ¤ ¤ ¤

    Table des bouchers - Fabienne Courtade -

    4ième de couv

     

    Depuis "Nous, infiniment risqués" (Verdier, 1987); Fabienne Courtade a publié une dizaine d'ouvrages, dont "Quel est ce silence" (Unes, 1993) et "Ciel inversé" (Cadex, 1998-2002). Son précédent recueil : "il reste" est paru en 2003 dans la collection Poésie/Flammarion.

    premier pasTable des bouchers - Fabienne Courtade -

    les plaies sont ouvertes sur le côté
    les fleurs sont autour :

    septembre 2005
    je regarde le bassin
    les morceaux de verre

    dans le noir

    quelqu'un porte
    des entrailles
    à pleine main

    je repars en arrière

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  • Nous nous attendons : Reconnaissance à Gérard Schlosser - Ariane Dreyfus -Ce recueil est né suite à une rencontre vertigineuse entre l'auteure et la peinture de Gérard Schlosser. Se définissant elle-même hermétique à cet art pictural, happée par le visuel de l'affiche, elle franchit la galerie et c'est la révélation. Renversée par l'éclat des « morceaux de monde » que ce peintre livre dans ses oeuvres, elle prend la plume se laissant guider par cet artiste qui croque avec force et discrétion nos instants de vie.

    Les poèmes en prose sont courts, ciselés, comme une esquisse que l'on ferait sans lever le pinceau de la toile. Il émane une sensualité, une mise en image de la sexualité, toute féminine. On suit l'auteure dans cet univers : On a cette impression qu'elle nous ouvre des portes, l'une après l'autre, et nous donne à voir, saisis dans l'instant, des morceaux de vie qui pourraient tout aussi bien être les nôtres -qui sont les nôtres-. Une intimité vécue qu'elle nous livre avec des mots simples mais qui font mouche, qui touchent.

    On est actif dans la lecture de ses poèmes, on ne subit pas, on participe. Dans « il est fou », on voit cette femme -la lettre- de dos tournée, qui semble figée : « Pour bouger elle attend de ne plus brûler ». Et c'est un monde qui s'ouvre, riche de sens, d'un-possible.

    Les chantiers de poèmes, en annexes, sont un vrai régal. Ariane Dreyfus nous livre les étapes de la création de deux de ses poèmes. On suit leur mise au monde : ses sources d'inspiration, le choix des mots, des sonorités, le difficile abandon d'une combinaison de mots qui fait sens au bénéfice d'une autre aux sonorités qui cristallisent l'imaginaire du lecteur.

    Et dire qu'elle considère (considérait ?) de tous les arts, la peinture comme celui étant le plus éloigné d'elle !

    « Reconnaissance à Gérard Schlosser».

    ¤ ¤ ¤

     

    "C'est aussi ça, la poésie ; c'est préserver ce qui est vivant et fragile..." : Cliquer là De la poésie avant toute image

    Nous nous attendons : Reconnaissance à Gérard Schlosser - Ariane Dreyfus -

     

    ¤ ¤ ¤

     

    Nous nous attendons : Reconnaissance à Gérard Schlosser - Ariane Dreyfus -

    4ième de couv

     

    Je suis devant un tableau de Gérard Schlosser. Si je tourne la tête, découvrant ta main posée sur le drap, ou mon propre bras levé dans la lumière, j'ai encore son regard dans les yeux. Le cadre n'enferme pas la vie, il la rapproche, la pense. Aujourd'hui est une réalité qui se partage. On s'y étire, on s'y replie, cela dépend des moments, de qui est là ou pas, à quoi on pense (oui, deux fois au moins, penser).
    Pour une fois je n'ai construit aucune demeure, je me suis contentée d'entrer là où nous sommes déjà. J'ai avancé au hasard sans craindre de me perdre : d'exister, rien n'est anodin. Et j'avais le regard du peintre, son art, pour m'inspirer confiance, amour.

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique