• La psychologie, après s'être tellement intéressée aux milliards de façons dont l'esprit peut dérailler, s'attachait désormais à ce qu'elle considérait comme les émotions les plus courantes, du chagrin à la joie. Mais elle avait négligé un pan immense de la vie quotidienne : en l'absence de maladies, de famines, de guerres ou d'autres épreuves, on vit la majeure partie de son existence dans cette zone neutre, un jardin familier mais gris, quelconque, aussitôt oublié, difficile à décrire. 

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  • Mémoires d'une jeune fille rangée - Simone de Beauvoir -Il y eut un livre où je crus reconnaître mon visage et mon destin : Les quatre filles du Dr March, de Louisa May Alcott. (...) Je m'émus de voir Meg et Jo, les deux aînées, enfiler de pauvres robes en popeline noisette pour se rendre à une matinée où tous les autres enfants étaient vêtus de soie ; on leur enseignait, comme à moi, que la culture et la moralité l'emportent sur la richesse ; leur modeste foyer avait, comme le mien, un je-ne-sais-quoi d'exceptionnel. Je m'identifiai passionnément à Jo, l'intellectuelle. Brusque, anguleuse, Jo se perchait pour lire, au faîte des arbres ; elle était bien plus garçonnière et plus hardie que moi ; mais je partageais son horreur de la couture et du ménage, son amour des livres. Je me crus autorisée moi-aussi à considérer mon goût pour les livres, mes succès scolaires, comme le gage d'une valeur que confirmerait mon avenir. Je devins à mes propres yeux un personnage de roman. Toute intrigue romanesque exigeant des obstacles et des échecs, je m'en inventai.

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  • Quant à moi, j’aurais une grande écurie pleine de pur-sang arabes, déclara Jo. Et des pièces remplies de livres ! et un encrier magique avec lequel j’écrirais des romans magnifiques. Je voudrais aussi faire quelque chose d’héroïque dont tout le monde se souviendrait après ma mort. Je ne sais pas encore quoi, mais je compte bien vous impressionner ! une chose est sure : j’écrirai des livres, et je serai aussi riche et célèbre que Laurie. Voilà mon rêve.

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  • Interview Gaëlle Nohant - Lire, février 2020 -

    Depuis quatre ans, je vis de ma plume - enfin, j'en survis. Je compte tout, je ne prends pratiquement jamais de vacances, je ne sais pas si je pourrais payer mon loyer l'année prochaine... Avoir travaillé sur Desnos m'a appris que la liberté à un prix, mais qu'il y a une beauté à tout donner à chaque instant de sa vie pour quelque chose d'éphémère et de précaire. Suis-je une auteure à succès ? Pas encore, c'est trop tôt. Les deux succès que j'ai eus m'autorise à en espérer d'autres, mais je ne peux pas compter dessus. Dans quatre ou cinq livres, peut-être...

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  • La part des flammes - Gaëlle Nohant - C'était une période désespérante. Le travail sur le manuscrit avait été interminable : quatre ans d'écriture, plus les recherches. Ce fut une grosse bataille pour moi de le finir. Je pensais alors que le boulot était terminé. Sauf que Robert Laffont l'avait refusé avec une lettre terrible, condescendante et lapidaire, une condamnation point par point de l'histoire, des personnages et du style... J'avais mis dix ans à être publiée par la poste, j'avais donc accumulé les refus, j'avais l'habitude - mais là je n'avais plus le courage d'aller frapper à toute les portes. J'avais donc fait une croix sur La part des flammes, le manuscrit était dans les limbes, je n'arrivais plus à écrire une ligne. Trois ans ont ainsi passé. 

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