• Mon boucher m'a pris pour un autre. L'autre fois quand je suis entré dans son étal, il m'a fait un immense sourire. Sa femme, à la caisse, s'est même levée pour me serrer la main. Je n'en revenais pas de ces salamalecs. Je commande mon steak. "Je vous mets un peu de persil ?" Il me demande complice. Je ne l'avais jamais vu comme ça. Et sa femme qui me tournait autour, elle voulait me toucher. "Vous permettez que je vous fasse goûter nos petites bouchées à la reine", elle me susurre avec un clin d’œil. C'était de plus en plus bizarre. Je suis reparti les bras chargés, sans comprendre. Le lendemain, même chose. Le surlendemain, pareil.

    Figurez-vous que je suis le sosie d'un inspecteur de l'hygiène. Ça fait un an que ça dure. Je me sers toujours chez eux. Maintenant, je suis devenu exigeant. Je prends des airs agacés si la tranche est trop petite. Je soupire. ça les rend fou, Ça  les inquiète. La dernière fois, ils ont eu carrément peur. Ils m'ont offert un gigot de cinq livres.

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    — Tu ne comprends pas. La science peut bien éclairer une époque de tous ses feux, il restera toujours quelques zones obscures, échappant au savoir humain... C est la que se réfugient les croyances. On ne peut pas les tuer.

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  • Tous ces chatons en miettes que j’avais dû enterrer en secret, tous ces cadeaux des fêtes des mères que j’avais été obligée de rater tellement ça m’aurait détruite d’offrir quelque chose de joli à ma belle-mère, toutes ces maîtresses qui avaient cru pendant des années que j’avais deux mains gauches et qui m’avaient regardée comme une demeurée. Toutes ces connes qui avaient confondu ma tendresse et ma pauvreté…
    Tous ces chagrins… Tous ces petits chagrins à la queue leu leu.

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  • Quand elle passe, tu ne penses plus. Tu oublies ce que tu voulais faire, rêvais d’être, croyais pouvoir. Le corps seul répond. Et il répond ce qu’il peut. Il défèque, il se pisse dessus. Il se mange la bouche avec les dents, comme une viande. Il brûle ses tendons à crisper la sangle devant. Il bave. Après ? Après chacun dit ce qu’il veut, il raconte, elle étire, il introduit des mots, il fend ce qui n’est qu’un roc de peur brute… Ce que je pourrais moi vous dire – à vous, tas d’abrités blottis dans vos cages de pierre quand vous nous interrogerez du beau milieu de vos villages, là demain ou dans six jours – je vous vois déjà, les rescapés des puits confortables, des burons lissés à l’enduit, avec vos joues mûries de fin de soirée, oui, au soleil rougeaud qui brille dans vos verres transparents, à attendre qu’on vous dise, qu’on vernisse la blocaille de l’exploit, c’est que sous furvent… Mais n’en parlons plus. Sous furvent, il n’y a rien à dire. Juste survivre quand ça vient cogner à la porte du front – parce que ça n’enveloppe plus ni ne « submerge » ou autres mièvreries : ça frappe, à coups de Merlin, dans les fissures des os. Juste tenir – la nuque arquée – qui casse vers l’arrière – sous le choc. Tenir, voilà. 

     

    The Windwalkers Project : 

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  • La compagnie des menteurs - Karen Maitland -Un homme qui porte les stigmates de la bataille est un vétéran, un héros, et on lui laisse la place d'honneur auprès du feu (...) Mais on n'encourage pas une femme qui porte une cicatrice à raconter son histoire. Les garçons se moquent d'elle et les mères font le signe de croix. Les femmes enceintes ne s'en approcheront pas de peur que, si elles posent les yeux sur une telle créature, l'enfant qu'elles portent ne soit marqué. Vous avez sûrement entendu le conte de "La belle et la bête". Comment une belle jeune femme tombe amoureuse d'un monstre et perçoit la beauté de son âme sous son visage hideux. Mais vous n'avez jamais entendu le récit du beau jeune homme qui s'éprend de la femme monstrueuse et trouve la joie dans son amour, car cela n'arrive jamais, pas même dans les contes de fées.

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