• "Si tu reçois mon frère ces lettres de sable qui coulent obstinément c'est parce qu'il doit s'écrire la dignité qui nous tient lieu d'être vivant.
    Alors, nous allons tenir mon frère, cette poignée de sable qui coule entre nos mains.
    Nous écoutons son temps et comprenons la douleur de son sang.
    Aussi petit soit notre espoir aussi fragile soit notre chant grand sera demain cet arbre sous lequel nous parlerons ensemble à nos enfants.
    Et je si reçois mon frère ces larmes de sable qui coulent depuis si longtemps c'est parce qu'il doit se lire la vérité qui s'adresse aux vivants...
    Nous partageons le sable mon frère, comme le ciel partage les vents sans contraires, sans haines ni colères, Nomades de la Terre.
    On doit s'aimer mon frère, comme une promesse de pluie faite au désert.
    On doit marcher mon frère contre cette immense dune de pierres.
    On nous apprend à partager des tombeaux à nous d'inventer demain les mots qui sauront les refermer.
    Le silence des mots jette les morts si loin du repos.
    Alors, nous allons tenir mon frère, ni à genoux, ni face contre terre, ni tête contre des pierres, nous allons tenir mon frère à ce qu'en l'homme il reste toujours et encore de plus haut.
    Nous allons tenir l'un à l'autre, debout, mon frère, comme ces lettres à notre peau."

    Astrid Shriqui Garain

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    2 commentaires
  • "A l'ombre des sévices, même les plus profonds, que Bacon fait subir à la beauté traditionnelle, dort une contre-image ; comme le dit Leiris par ailleurs, la beauté est autant fonction de l'autodestruction que de l'autorégénération et l'impression finale que nous avons en face de toutes les toiles importantes de Bacon est une réhabilitation de la beauté. Si ce n'était pas le cas, l’œuvre de Bacon ne serait plus que du sensationnalisme sans valeur et caricatural. (...)
    "Je voudrais avoir une énorme pièce couverte de miroirs déformants du sol au plafond. De temps en temps, il y aurait un miroir normal, intercalé entre les miroirs déformants : les gens seraient si beaux quand ils s'y reflèteraient !"."

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  • "Je sais mon frère, je sais. Je sais que ce n'est rien. Ce n'est rien d'autre que le silence - un silence cruel, sans fin, qui me murmure à l'oreille. Mais qu'est-ce qui me reste d'autre pour me tenir compagnie - pour me consoler, maintenant que toi aussi tu es parti, seul vestige de ma chair et de mon sang à présent disparu. Mon premier, mon meilleur ami depuis l'enfance. Mon dernier, mon ultime compagnon.
    Comme mon cœur saigne."

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  • "Je suis sûr que vous ne voudrez pas que ça figure dans votre livre, vous allez rayer tout ça. Personne ne dira plus la vérité sur ceux qui reposent en terre. Les vivants ont droit aux décorations, les morts aux légendes, et tout le monde est content. Cette guerre, c'est comme notre vie en URSS : elle n'a rien à voir avec ce qui est écrit dans les livres. Heureusement que j'ai mon univers à moi, celui des livres et de a musique, qui m'a sauvé parce qu'il a caché l'autre."

    Un soldat, artilleur-pointeur.

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  • "Ce livre que j’achève là, je l’ai écrit de bonne foi, mais ce qu’il tente d’approcher est tellement plus grand que moi que cette bonne foi, je le sais, est dérisoire. Je l’ai écrit encombré de ce que je suis : un intelligent, un riche, un homme d’en haut : autant de handicaps pour entrer dans le Royaume. Quand même, j’ai essayé. Et ce que je me demande, au moment de le quitter, c’est s’il trahit le jeune homme que j’ai été, et le Seigneur auquel il a cru, ou s’il leur est resté, à sa façon, fidèle.

    Je ne sais pas."

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