• 51XMEijdf+L._SX195_C’est un livre que j’aurai aimé lire, le soir, la tête sous les couvertures à la lumière d’une lampe de poche, comme quand j’étais môme et que je bravais le couvre-feu parental en m’étourdissant la tête et me brûlant les yeux aux mots chéris et adorés des auteurs des bibliothèques rose ou verte.

    Tout est écrit, partout sous les choses, ne reste qu’à fouiller, gratter le sol, écorcher les roches pour mettre les phrases au jour.

    C’est un livre que j’aurai aimé lire ta main dans la mienne, vautrées sur le vieux canap’ du salon des parents, en boulottant des réglisses et des boules coco, te faisant la lecture, sœurette, comme quand nous étions mômes.

    Être à ses côtés c’est se chauffer à une force mystérieuse, peut-être tellurique. On dirait qu’elle a trouvé le secret de la vie, ça irradie d’elle entière, je voudrais m’y frotter comme à une lampe magique, qu’elle me prête un peu de son fluide, qu’elle me maquille les yeux et la bouche.

    C’est un livre que j’aurai aimé lire à mes mômes à moi, au coin du feu dans la pénombre, tous blottis dans de vieux plaids en tricot, pour leur dire notre enfance. Pour leur dire qu’on n’y est pour rien, qu’on n’a rien vu venir, qu’on y croyait tellement à ce pour quoi on s’est battu, ce pour quoi on n’en finissait pas de chanter, de gueuler, d’user nos clarks et nos kickers bi-color sur ces pavés bien recouverts de béton, au cas où il nous serait venu des idées… 

    Ce serait lire, à l’encre sympathique d’un stylo vendu avec Pif gadget, le récit de la dégringolade d’une génération qui s’était crue effrontée et se découvre désarmée.

    J’aurai aimé lire ce livre avec dans les oreilles la voix rocailleuse du chanteur énervant, le poing levé en chantant avec lui « J’ai chanté dix fois, cent fois, J’ai hurlé pendant des mois, J’ai crié sur tous les toits, Ce que je pensais de toi ; Société, société, Tu m’auras pas. »
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    J’ai lu ce livre, les larmes aux yeux, le cœur ouvert au bonheur et à la nostalgie. Et la tête haute. J’ai lu ce livre sans arrêter de penser à elles – Isabelle et sa sœur adorée qui te ressemble tellement – à son petit son doux son roi du monde, aux événements passés et présents du monde, à notre sidération berceau de notre passivité.

    J’avance, mais mes poches sont pleines de cailloux.

    Est-ce qu’il faut être né dans les années 70 ? Est-ce qu’il faut avoir été « une moitié des filles » ? Est-ce qu’il faut avoir défilé et cru à toutes ces conneries chimères de droits, d’égalité et de liberté ?
    Non, je ne pense pas.
    Il faut le lire c’est tout.

    Tout le reste n’est pas que Littérature !

    J’ai ri, tu as entendu ? Un vrai rire de bon cœur, on disait ça, ils étaient nos préférés. Tu l’as entendu ce rire ? Beau, puissant, musclé par tout le chagrin porté. Tu as vu comme il a inondé mes joues et mon cœur et mes bras ? Il a des notes de toi, je les ai reconnues, si c’est là que tu te caches je veux l’entendre toujours.

    ¤ ¤ ¤
    4ième de couv :

    C’est une histoire intime, la jeunesse lumineuse de deux sœurs nées dans les années 1970 ; et puis la tragédie obscurcit tout.
    C’est une promenade sur les sentiers de la vie d’une femme, traversés par l’époque, les rêves et ces chagrins inconsolables qui nous font pourtant grandir.
    Récit à la beauté vibrante, Mistral perdu recueille les traces des événements personnels et collectifs qui nous percutent à jamais.

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    Ma mère était féministe. Elle portait une coupe afro de deux centimètres, son crâne était parfaitement arrondi, elle ne se maquillait jamais, et nous habillait toutes les deux de façon aussi sobre que possible. Peu importe la coiffure lorsqu'on ressemble à Néfertiti. Elle n'avait nul besoin de maquillage, de produits, de bijoux ou de vêtements coûteux, et en ce sens ses moyens financiers, ses opinions politiques et ses goûts s'accordaient parfaitement – y compris la gamine de sept ans au visage chevalin qui se tenait à ses côtés, c'est du moins ce que je ressentais à l'époque.

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