• Interview Donald Ray Pollock - Lire octobre 2016 -

    Franchement, la popularité de Trump parmi les blancs pauvres me dépasse complètement, car il représente tout ce qu'on m'a appris à mépriser quand j'étais enfant. C'est un homme riche, né avec une cuillère d'argent dans la bouche, qui ne cesse de la ramener à tout bout de champ sur le montant de sa fortune supposée et de ses exploits de chef d'entreprise. Un homme qui dénigre les mères de soldats tombés au champ d'honneur, mais qui s'est arrangé pour ne pas être envoyé au Vietnam en profitant des relations et de l'entregent de son père. Un homme qui n'a cessé sa vie durant d'exploiter les gens qui travaillaient pour lui. Un homme qui n'aurait pas tenu une journée là où j'ai grandi sans se prendre une sacrée raclée.

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  • Une mort qui en vaut la peine - Donald Ray Pollock -

    Le monde était un endroit injuste, détestable, dominé par un club fermé de riches impitoyables et la seule façon pour un homme pauvre de s'élever au-dessus de sa condition était de mépriser les lois que cette même élite appliquait à tout le monde sauf à elle-même.

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  • L’ombre est massive. Rien n’est visible. La poussière des chemins s’insinuent dans tous les recoins de sa peau comme une vipère dans un cimetière. Il fait si noir et pourtant. Le soleil est haut dans le ciel. Ses rayons attaquent la peau et sa gorge le brûle. Il a froid. Il grelotte. Les dents qui s’entrechoquent et son corps de minot qui tremble. Il a peur. Il connaît ce lieu, mais impossible d’en retrouver le nom. Il y a vécu. Il le sait. Mais sa mémoire ne veut pas lui obéir. Ce foutu nom qui lui échappe encore. Sa respiration s’accélère. Il est là, un sceau à ses pieds. Il sait qu’il n’est pas seul. Et pourtant. Il ne distingue rien d’autre qu’eux. Deux yeux. Noirs. Deux yeux noirs seulement et cette voix des cavernes.

    — Fils de gadji, pourquoi as-tu péché autant de poissons ?
    — Il y en avait plein. Si tu avais vu cela, Lérhari. Ils se jetaient littéralement sur l’hameçon. J’avais à peine le temps de le leur arracher de la gueule. Parfois l’asticot était encore vivant. Gobé. Je te jure, Lérhari, tout entier qu’ils l’ont avalé, je pouvais encore le récupérer frétillant sur sa pique et rejeter ma ligne à l’eau. Cela n’arrêtait pas. Je lançais. Je voyais mon bouchon coulé. Quelques secondes pour le laisser goûter. Je ferrais. Et bingo ! Encore un dans mon sceau. Si tu avais vu cela, Lérhari. O baXt*. Je tirais sur la canne dés les premiers frétillement du bouchon. Tellement voraces, si tu les avais vus. Le laisser couler, c’était leur arracher la gueule. L’hameçon enfoncé profond.
    — Combien en as-tu dans ton sceau, fils de gadji ?
    — Je ne sais pas. Je ne les ai pas comptés.
    — Compte, alors, fils de gadji. Compte combien tu en as dans ton sceau.
    — Je crois bien, une bonne douzaine. Attend. Dix, onze, douze et ce petit dernier, treize ! Tu vois, Lérhari, treize poissons que j’ai eus !
    — Il va te falloir les préparer maintenant pour les manger, fils de gadji.
    — Je verrais cela plus tard, Lérhari. Je suis fatigué. Je suis parti avant le levé du soleil, encore dans la nuit. C’est la meilleure heure pour les prendre. Être prêt dès les premiers rayons qui se posent sur le lac, dés les premières vapeurs d’eau qui montent vers le ciel. C’est là qu’on fait la meilleure pioche, tu sais ? Tout cela je l’ai appris, Lérhari, tu sais. Je sais, tout cela !
    — Si tu ôtes la vie à un animal, fils de gadji, c’est pour te nourrir. Tu tues. Tu manges. Ça, c’est ce que je sais moi. Baro Dével*
    — Mais, Lérhari ! Comment veux-tu que je puisse avaler tout cela ? Regarde un peu tout ce que j’ai péché ! C’est impossible. Je n’y arriverai jamais !
    — Il fallait y penser avant, fils de gadji. Ces poissons t’ont donné leurs derniers souffles. Ils l’ont fait pour fortifier le tien. C’est leur force vitale qui doit passer dans la tienne, maintenant. Car on ne meurt jamais pour rien, fils de gadji. Ça, c’est la vie qui t’apprend. Tu tues. Tu manges.
    — Je ne vais pas pouvoir, Lérhari. So boute* ! Il faut que tu m’aides. Il faut que tu les manges toi-aussi avec moi. Il faut que tu m’aides à les manger…
    — Ce n’est pas moi qui leur ai ôté la vie, fils de gadji. Et je n’ai pas besoin de toi pour me nourrir. As-tu des enfants, des parents qui dépendent de toi et qui ont besoin de ces âmes ?
    — Mais, Lérhari, je ne suis qu’un enfant. O tchavo ! Je ne m’occupe pas de ça. Je m’amuse, c’est tout.
    — Il n’y a rien d’amusant à ôter une vie, fils de gadji. Tu es responsable de tous ces animaux morts. Tu tues. Tu manges.
    — Je vais être malade, Lérhari. Je ne peux pas, tu le sais ça. Je ne peux pas !
    — Moi, je le sais, fils de gadji. Toi, tu es en train de l’apprendre. J’attends. Tu tues. Tu manges. J’attends. Hi latchès touké*. Tu ne partiras pas avant d’avoir mis le dernier morceau de cette chair morte dans ta bouche. Chounal* ? Tu tues. Tu manges. C’est la loi.
    — Non, je ne peux pas. Je ne peux pas. Je ne

    Les larmes aux yeux. En sueur. Tendu comme un arc dans les draps froissés, trempés, il redresse d’un bond son grand corps d’enfant devenu grand depuis longtemps…

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  • Ces milliers d’œuvres, la place qu'elles tiennent dans les galeries, les musées, les maisons. Cela ne signifiait rien pour lui, si elles n'aidaient pas les gens à penser, ne faisaient pas tomber une nouvelle pluie de pensées en eux et autour d'eux.
     

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  • Défaite des maîtres et possesseurs de la nature - Vincent Message -

    On ne confie pas de combats aux autres. Ceux dont on sent qu’ils nous animent, on les reprend, on les poursuit, on ne capitule pas. Je vais essayer, désormais, de ne plus compter au nombre des attentistes, des spectateurs, des trop confiants, mais de grossir le petit nombre des voix qui disent qu’il y a scandale, aberration, horreur, et de faire grandir le nombre de ces voix, et de faire en sorte qu’elles s’élèvent, qu’elles soient de plus en plus hautes, de plus en plus fortes – pour protester.

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