• La misère du monde est aussi visible dans la ligne et le visage d’un mannequin que dans le corps squelettique d’un africain. La même cruauté se lit partout si on sait la voir.

    Jean Baudrillard

     Anna Carolina Reston, mannequin décédée en 2006 des suites d'anorexie

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  • Avant de filer à l'agence, le photographe m'a montré les photos. Je l'ai observé commencer le travail de retouche : en quelques clics, il m'a rajouté des joues, des cuisses, des seins, et a effacé les os de mon sternum pour me faire un beau décolleté. Voilà donc comment ça se passe : nous on perd des kilos et des kilos pour qu'ils nous choisissent ... et qu'ils puissent nous en rajouter, à leur gré.

     Victoire Maçon Dauxerre, TV5 MONDE :

    Partager via Gmail

    3 commentaires
  • L'accordeur de silences - Mia Couto -Devant un livre pareil, on ne peut qu’être humble...
    J’aurai envie de partir dans de grandes envolées pour vous faire partager le plaisir que j’ai eu à le lire, cet engourdissement du temps palpable à la lecture, ces mots qui vous envoutent et la seconde d’après, vous claquent les deux joues en vous laissant pantois, groggy, à bout de souffle, mais toujours aux prises avec l’écriture de Mia Couto.


    Mais je n’en ferai rien...


    L’accordeur de silences, nous met face à une tentative désespérée de s’extraire du temps, du monde, dans un lieu où la mort n’a plus ses droits. Un monde d’exclusion, sans livre, sans écriture, sans apprentissage, sans femmes, sans guerres, sans tout ce qui pourrait ramener Sylvestre Vitalicio à la honte, à la douleur et aux regrets.
    Ce monde du renoncement, Sylvestre le baptise Jésusalem. Il y emporte, tel Noé dans son arche fuyant la souillure des autres hommes, ses deux fils (Ntunzy l’aîné et Mwanito, le cadet), un serviteur et une ânesse, compagne des jours où la chair reprend ses droits.
    L'accordeur de silences - Mia Couto -

    Mwanito n’a plus le souvenir du monde d’avant : les terres du Mozambique en proie à la guerre et le refuge des bras de sa mère. C’est un accordeur de silences. Il apaise et redonne justesse à la musique intérieure qui assourdit son père.
    Il n’y a ni passé, ni avenir à Jésusalem. Il n’y a qu’un présent distendu, orchestré par le père tout puissant, érigé en dieu vivant et tyran... Jusqu’à ce que Mwanito se baigne dans le fleuve, qu’une femme vienne à deux pas d’eux, occuper cet espace de sa beauté, de sa parole et de sa quête insensée d’amour passé.

    Lire l’accordeur de silences, c’est faire soi :
    - Le refus de la perte de l’être aimé et cette fuite en avant pour que la réalité ne nous rattrape pas, pour que nous puissions encore « y croire » (comme Marta), ou « oublier » (comme Sylvestre).
    - Ce que serait un monde sans femmes. Un monde où il ne serait question que d’elles, entre admiration, mépris et répulsion : les voix féminines des poètes au fronton de chaque chapitre, comme une réminiscence, silencieuse mais omniprésente.
    - Mère ou Pute : entre les deux, point de salut ! Et le vent ramène le sable dans la fosse, avant que la terre recouvre d’un voile d’oubli l’objet du scandale. Entre la femme vénérée et celle vénale de chair et de sang : un espace muselé, que certains souhaiteraient vide.
    - La guerre et ses balles incrustées dans la chair qui détruisent l’âme des guerriers, oublieux de leur humanité.
    - L’écriture et son don de vie.
    -...
    - et tous ces silences qui hurlent.

    L'accordeur de silences - Mia Couto -
    Mia Couto par Maria José Cabral


    C’est un livre étrange que cet accordeur. Étrange dans le sens d’étonnant, de ce mystérieux qui interpelle. Mais c’est cette étrangeté qui séduit et nous relie, comme un autre soi qui nous parlerait de nous, comme ces soirées de fado, où je pleure et je ris, sans rien comprendre de ce qui se dit, mais les yeux graves et lumineux de Rosa-Maria sur moi. La saudade...

    ¤ ¤ ¤

    4ième de couv :

     

    La première fois que j’ai vu une femme j’avais onze ans et je me suis trouvé soudainement si désarmé que j’ai fondu en larmes. Je vivais dans un désert habité uniquement par cinq hommes. Mon père avait donné un nom à ce coin perdu : Jésusalem. C’était cette terre-là où Jésus devrait se décrucifier. Et point, final. Mon vieux, Silvestre Vitalício, nous avait expliqué que c’en était fini du monde et que nous étions les derniers survivants. Après l’horizon ne figuraient plus que des territoires sans vie qu’il appelait vaguement “l’Autre-Côté” ». Dans la réserve de chasse isolée, au coeur d’un Mozambique dévasté par les guerres, le monde de Mwanito, l’accordeur de silences, né pour se taire, va voler en éclats avec l’arrivée d’une femme inconnue qui mettra Silvestre, le maître de ce monde désolé, en face de sa culpabilité. Mia Couto, admirateur du Brésilien Guimarães Rosa, tire de la langue du Mozambique, belle, tragique, drôle, énigmatique, tout son pouvoir de création d’un univers littéraire plein d’invention, de poésie et d’ironie. 

    Partager via Gmail Pin It

    14 commentaires
  • Laissez parler les pierres - David Machado -Elle me regarde partir avec un sourire impénétrable avant de refermer la porte. L'air froid de l'escalier m'avale comme un liquide et je sens mon corps encore plus chaud. Je me sens brûler à l'intérieur de moi, et ma peau est comme incandescente. Je peux presque voir ma chair sous la transparence de ma peau. Je suis en feu. Je me consume dans mes propres flammes.

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire
  • La peinture des Cro-Magnon ne respecte pas les frontières. Elle coule librement, elle se dépose, elle se superpose, elle submerge des images déjà existantes, et elle perturbe sans cesse l'échelle de ce qu'elle charrie. Quel genre d'espace imaginaire les Cro-Magnon habitaient-ils ?
    Les notions de passé et de futur ne sont-elles pas les nomades, soumises à l'expérience de l'ailleurs ? Ce qui est parti, ce qui est attendu, se cacheraient ailleurs, dans un autre lieu.
    Tant pour les chasseurs que pour le gibier, savoir se cacher est une condition de survie. La vie dépend de l'abri trouvé. Tout se cache. Tout ce qui a disparu est allé se cacher. Une absence - comme celle des morts - se ressent comme une perte, bien sûr, mais pas comme un abandon.
    Les morts se cachent ailleurs.

    Partager via Gmail Pin It

    votre commentaire