• Pourquoi lire délivre - Cécile Ladjali - Magazine Lire Février 16

    "Il faudrait que dans les discours officiels, les hommes politiques replacent avec courage l'école et la culture au centre de tout. Afin que les enfants perdus, qui ne jurent que par la force et le pouvoir chimérique d'un rêve de mort, comprennent que le pouvoir, la véritable force, appartient à ceux qui ont les mots et que sans les mots ils sont les dupes de ceux qui les manipulent".

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  • "Lui le grand poète, du pays, celui qui chante encore à l'âge respectable, qui trouve encore à donner et pis qui dépasse comme si ses mélodies avaient de la frange, c'est du surplus qu'il va brasser jusqu'à l'espoir, jusqu'au projet social, dans l'au delà de la poésie, pour en faire de la force.

    (...)

    "Dis nous que ça peut, de changer un bout du monde avec les chansons, sinon, d'en penser [panser] un peu les noirceurs."

     Au bord des larmes, aussi émus l'un que l'autre...

    J'en ai la chair de poule.

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  • Les irremplaçables - Cynthia Fleury -
    "Devenir un collaborateur, c'est devenir remplaçable, c'est entrer dans la chaîne et "vivre sans avenir", vivre comme si l'avenir disparaissait."

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  • Comment vous parlez de ce recueil ? C’est un foisonnement de tout ! De thèmes, de styles, de lieux, d’époques..., dans lequel il faut se laisser guider, se laisser doucement prendre par la main et avancer avec l’auteure au gré de ses traversées d’océan, de ses élans de vie et ses différents âges. On accoste aux abords de l’enfance et son innocence, on fait le pari de l’exil comme promesse de tous les possibles, et on retarde à chaque minute, le jour du retour et son lot de dépits et de déceptions, pour finir par échouer sur cette mortelle engeance - entre révolte et acceptation mêlées - parce qu’il n’est ici plus question de choix, d’envol ou de fuite en avant...

    Ananda Devi a emmené dans son exil son île, celle rêvée, aimée, chérie, cette terre insulaire au chaud tout ce temps, dans sa tête et son corps. Elle retrouve une île Maurice en souffrance, d’une beauté sauvage, âpre et exsangue qui s’accroche et lutte.

     L’une et l’autre se mélangent et se confondent pour nous livrer une vérité au goût amer.

     

    « oublie, oublie, oublie, l'autre versant du miroir.

    (…)

    regarde-toi en face, ne te détourne pas. Laisse tomber ces tissus qui te mensongent. Nue, tu es.

    (…)

    Les illuminées mystiques et stoïques prennent la fuite. Laisse les partir, ne les poursuis.

    Regarde

    Regarde ton ciel qui te rêve. Regarde la coulée de lave brune de ton dernier soleil.

     

    Et vis. »

     

    Il y a dans ce recueil, traces de tristesses et regrets éphémères, nés d’un trop plein de lucidité qui assaille soudain. Vous savez, cette lucidité qu’on souhaiterait tous avoir, bien que nous ne mettons rien en œuvre, ou si peu, pour y parvenir. Cette lucidité qui fait mal et naît, quand nous posons les gants et les oeillères et prenons le temps de regarder derrière nous, ce et ceux que nous avons laissés, oubliés, rayés. Pour mieux avancer.

     

    « Recentrée en moi-même, je vois les ruines d'hier et les tombes de demain. Je puise l'espoir dans l'autre réalité, celle qui ne se connaît pas de combats inutiles. Je suis de passage et la maritime angoisse de vivre et de mourir ne sont que tristesses passagères. En planant au dessus de moi-même, je me vois, marionnette, poupée ou girouette, et je joue paresseusement avec les fils de mes vies. Pincement au coeur, larme incongrue, rire inopiné, tout cela est bien infime. Quelque part, une chose plus grande que moi m'écoute et me méprise. »

     

    Que reste-t-il pour livrer combat ? Comment échapper à « ces chemins de soumission et de complaisance [qui] sont en vérité la plus grave des trahisons » ?

    Ici, pas de traversée du miroir : « Nous avons besoin de nos failles parce que vivre est une dérobade », orchestrée par le long désir qui anime Ananda Devi, comme il nous anime tous, en courant tout le long de notre échine, entre nos reins et nos deux hémisphères.

    Et ce qui relie tout cela, tout ce désir toujours renaissant comme un phénix surgissant de ses cendres à ce bouillonnement de vie et de mort incessant, c’est l’écriture !

     

     

    Parce que nous ne pouvons plus refaire « le chemin à l’envers », parce que les choses, les gens évoluent aussi, l’acte d’écrire permet de se ré-approprier tous ces lambeaux de vie : la notre et celle des autres, pour les rassembler au sein d’une même histoire.

     

    « Écrire est un lieu. Une fois la porte ouverte, on n'a de cesse d'y revenir. Le reste n'a aucune importance. Écrire est un travail à contre-courant de soi-même, de ses propres failles, de sa propre paresse. »

    « Les mots, seule terre dans le silence de l'écrit. (...) Le miracle des mots est que, dans leurs pliures réfractées, tout est beau : le sombre et le sordide . »

     

    Et quelle liberté alors ! Si je veux écrire pour dire tout, ne rien dire ou dire autre ? Je peux. Glisser sous ma plume mes «comme si », user et abuser du mot chéri et bannir tous ceux haïs ? Je le peux aussi.

     

     « On fait acte de phrases, pacte de mots. Une histoire tournée court s'ourle autour d'un point final qui débouche sur une débauche de rêves de gloire. Tout cela finit par aboutir à la musique en demi-teinte d'un seul Lecteur séduit. Et cela suffit. »

     

    Vaste fumisterie !

     

    « Vous n'avez pas encore compris la futilité d'un tel acte. Vous qui portez la plume aux mots, la salive au désir, le ventre au cercueil, la ruine à l'orgueil, vous serez les prochaines épaves. »

     

    Alors, je me précipite en arrière et regarde à nouveau dans mes rétros imaginaires :

    « ce temps que tu décomptes, lancé à rebours, tu l'ouvres comme un livre jusqu'à sa première page, et là tu le vois : il n'y avait rien d'écrit. »

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    Portrait d'Ananda Devi

     

     

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    Le long désir - Ananda Devi -

    4ième de couv

     

    « N'oubliez pas mon île. Fétu de canne au duvet rose, vêtue de sucre et de jasmin, n'oubliez pas son visage d'enfant puni derrière les esprits clos, ses mains meurtries au bris du jour. Ses pieds coincés dans les failles de son passé. »

    « Tu es une effraction dans l'absence de mes nuits. Approche. Tends ton envie. Que je l'enroule autour de mes lèvres en un jus amer et putrescible. Tes yeux me songent et m'évertuent, me dégringolent d'impatience. Au bout, chute, cassure, fractures et contusions, hématomes comblés de nos corps, je m'en fous. je suis celle que tu rouages.

    « Les serments se délitent. C'est l'instant du froid martyr. Toi tu ne l'entends pas. je suis écarquillée de désirs. Perçois-tu autre chose ? »

    Ainsi Ananda Devi nous raconte-t-elle une histoire sensuelle, obsédante, cruelle : celle d'un lieu et d'un corps.

     

     Photo extraite du site du Lycée La Bourdonnais, Île Maurice : Rencontre avec Ananda Devi au LLB 

    Extrait :

    "Lire un roman d’Ananda Devi c’est accepter de courir le risque d’un voyage douloureux dans la noirceur de l’humanité, mais c'est aussi se laisser bercer par le bonheur des mots et en sortir plus riche et plus fort."

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  • Le tribunal des flagrants délires - Pierre Desproges -

    "S’il est vrai que l’humour est la politesse du désespoir, s’il est vrai que le rire, sacrilège blasphématoire que les bigots de toutes les chapelles taxent de vulgarité et de mauvais goût, s’il est vrai que ce rire-là peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles, alors oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout. De la guerre, de la misère et de la mort. Au reste, est-ce qu’elle se gêne, elle, la mort, pour se rire de nous ? Est-ce qu’elle ne pratique pas l’humour noir, elle, la mort ? Regardons s’agiter ces malheureux dans les usines, regardons gigoter ces hommes puissants boursouflés de leur importance, qui vivent à cent à l’heure. Ils se battent, ils courent, ils caracolent derrière leur vie, et tout d’un coup ça s’arrête, sans plus de raison que ça n’avait commencé, et le militant de base, le pompeux P.D. G., la princesse d’opérette, l’enfant qui jouait à la marelle dans les caniveaux de Beyrouth, toi aussi à qui je pense et qui a cru en Dieu jusqu’au bout de ton cancer, tous, tous nous sommes fauchés un jour par le croche-pied rigolard de la mort imbécile, et les droits de l’homme s’effacent devant les droits de l’asticot."

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