• Gérard Schlosser"Il est fou

    Oubliant la lettre qu'elle a posée sur la table

    Le tiroir est ouvert, son visage est penché,
    Ses longs cheveux pas attachés
    Ne laissent paraître qu'un peu de sa nuque

    Elle n'a pas oublié plutôt elle l'a déjà relue
    La lettre à demi ouverte par ses quatre plis
    Et soulevée à l'endroit où elle touche l'enveloppe

    Pour bouger elle attend de ne plus brûler"

    Extrait choisi du recueil "Nous nous attendons : reconnaissance à Gérard Schlosser.

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  • A moi seul bien des personnages de John Irving

    Pour moi le premier roman lu de John Irving. Et quel roman ! Je connaissais l'auteur de réputation sans que la curiosité me pousse réellement à le découvrir. Je trouvais toujours une bonne raison de remettre sa lecture à plus tard. Jusqu'à maintenant.

    Dans ce roman de près de 600 pages, C'est un vieil homme qui prend la parole pour se remémore tout le chemin parcouru pour arriver à ce qu'il est aujourd'hui, toutes les figures de son enfance et adolescence (Miss Frost, Grand père Harry, Donna et les autres) qui l'ont forgé. Jeune garçon, il prend conscience, petit à petit, de sa bi-sexualité, de l'existence de la diversité sexuelle (homo-, bi- trans-) et se bat pour l'affirmation de soi. Il revendique le droit d'être et d'être reconnu pour ce qu'il est au sein de cette société, puritaine et intolérante, qu'est l'amérique des années 60, et suivantes.

    L'omniprésence du théâtre, des mots de Shakespeare, emportent le récit. Les drames qui se jouent sur la scène de théâtre amateur ne sont que le reflet ou les effets précurseurs de la tragédie qui se trame dans la vie de tous ces personnages haut en couleurs.

     William / Billy, comme les autres, file sa vie comme il file son texte.

     Les pages sur les années SIDA, sur l'hécatombe qui a eu lieu dans l'indifférence et le mépris des biens pensants, dans ce resserrement d'humanité (solidarité et empathie d'une communauté meurtrie), sont tout simplement sublimes par leur sobriété, leur réalisme. Sans emphase ni pathos, elles nous touchent.

     J'ai aimé ce récit à la première personne, le rythme de la narration qui s'emballe par moment quand il veut trop vite nous livrer son histoire et qui devient traînant sur des scènes de sa vie comme s'il souhaitait faire durer le plaisir. Faire revivre par la parole le temps chéri de la rencontre, du geste, de la première fois. Suspendre le temps pour mieux en jouir à travers le récit, les mots.

     Pourquoi ai-je attendu tout ce temps pour découvrir un tel auteur ?

     « Prends ton temps, William. Savoure, au lieu de bâfrer. Et quand tu aimes un livre, prends une de ses plus belles phrases - celle que tu préfères - et apprends-la par coeur. de cette façon, tu n'oublieras pas le style de l'histoire qui t'a ému aux larmes. »

    (...)

     « La mémoire est un monstre ; on oublie, pas elle. Elle archive ; elle tient à disposition ou bien elle dissimule. Et puis elle nous rappelle avec une volonté qui lui est propre. On croit avoir de la mémoire, on se fait avoir par elle ».

    ¤ ¤ ¤

    A moi seul bien des personnages - John Irving -

    4ième de couv

     

    John Irving traite ici du désir, du secret, de l’identité sexuelle. À moi seul bien des personnages est une histoire d’amour inassouvi – une histoire tourmentée, drôle et touchante – et une approche passionnée des sexualités différentes. Billy, le narrateur bisexuel, personnage principal du roman, raconte les aventures tragi-comiques qui marquent durant près d’un demi-siècle sa vie de «suspect sexuel», expression déjà employée par Irving en 1978, Le Monde Selon Garp, un roman qui fit date. Livre le plus politique de John Irving depuis L’Œuvre de Dieu, la part du Diable et Une Prière pour Owen,À moi seul bien des personnages est un hommage poignant aux ami(e)s et amant(e)s de Billy – personnages de théâtre défiant les catégories et les conventions. Enfin et surtout, À moi seul bien des personnages est la représentation intime et inoubliable de la solitude d’un homme bisexuel qui s’efforce de devenir «quelqu’un de bien». Irving nous enchante avec cette formidable chronique de la seconde moitié du vingtième siècle américain, du grand renfermement puritain face à la libération sexuelle et à la guerre du Viet Nam, sans oublier l’évocation de l’épidémie de sida et ses ravages ainsi que l’effarant silence des gouvernants (Reagan). Mais toujours de l'humour, beaucoup d’humour, arraché à la tristesse et la mélancolie.

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